Entreprendre dans la mode

Réuni fait bouger les lignes de la mode

On connaissait sa voix. On verra de plus en plus son visage. Adrien Garcia, fondateur du podcast à succès Entreprendre dans la mode, monte au créneau avec Réuni, sa marque au concept novateur. Celui, qui en deux ans a interviewé plus de cent personnalités du monde de la mode, a pris le temps de mûrir un projet prenant à contre courant tous les principes de la fast fashion. Au cœur de sa marque, la conviction qu’il faut produire moins mais mieux, en privilégiant la précommande et en s’appuyant sur les avis éclairés de sa communauté. Dans son appartement parisien, qui lui sert également de studio de création, Adrien Garcia dévoile les coulisses de Réuni. Entretien avec un jeune créateur dynamique, qui ne veut plus se contenter de parler et qui est bien décidé à agir.

Par Inès Matsika

Photos : Gilles Jacob

"Réuni" "Entreprendre dans la mode"
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Adrien Garcia

Avec la marque Réuni, vous proposez un nouveau modèle de création. Pouvez-vous expliquer le concept ?

Il vient d’un constat simple. L’industrie de la mode souffre de deux problèmes : celui de la surconsommation et de la surproduction. Les collections sont sans cesse renouvelées pour vendre toujours plus. Pour faire bouger les lignes de cette industrie, il faut réinventer son modèle. On s’est inspiré d’un concept développé par la marque Asphalte, qui a fait ses preuves : celui de la précommande. On s’engage à ne fabriquer que ce qui va être vendu.

Notre second parti pris tient aux modèles. Réuni propose des bons basiques car nous sommes convaincus qu’on y revient toujours ! Il est inutile d’accumuler les vêtements.

Notre démarche est originale car nous faisons de la co-création. Nous impliquons notre communauté dans la réalisation des pièces. Pour la première, le gros pull d’hiver, nous avons soumis aux gens un questionnaire afin de connaître la ligne idéale et le prix juste, qui est sorti à 130 euros. A 75%, les femmes souhaitaient un pull court, ample, à col rond, dans une matière très douce. Nous y avons ajouté un twist mode pour accrocher l’œil.

Votre communauté a-t-elle suggéré des choses auxquelles vous ne vous attendiez pas ?

J’ai été surpris sur toute la ligne car le pull imaginé par la communauté n’avait rien à voir avec celui que j’avais en  tête ! Ma source d’inspiration était un pull long d’Hermès, repéré il y a longtemps, et qui m’avait pris aux tripes. Pour autant, je n’ai ressenti aucune frustration à créer le modèle souhaité.

"Réuni" "Entreprendre dans la mode"
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"Réuni" "Entreprendre dans la mode"
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Quels sont les autres éléments qui font de Réuni une marque éthique et éco-responsable ?

Le point essentiel est la transparence. Nous expliquons nos choix tout au long du processus de fabrication des pièces, qu’il s’agisse du sourcing des matières ou de la sélection des différents partenaires. Le second est la vente directe. On ne fait pas de solde. On se détourne de tous les mécanismes de marketing qui poussent à la surconsommation. Le choix des matières est bien-sûr important et il ne fut vraiment pas simple. Nous souhaitons proposer des pièces qui durent dans le temps, tant par leur esthétique que par leur composition. Pour produire le gros pull, nous avons évidemment pensé aux matières recyclées, avant d’écarter cette solution à cause de la présence fréquente du polyester qui freine la durabilité des pièces. Nous avons donc opté pour un mérinos très doux et qualitatif qui provient d’Australie. Côté fabrication, le Made in France a été écarté car les sociétés contactées avaient un coût élevé et demandaient un temps trop long pour dégager un premier prototype. Notre choix s’est arrêté sur un atelier familial à Tolède, en Espagne.

Vous vous êtes formé en tant que designer au Studio Berçot, et vous avez fait vos armes chez Balenciaga et Louis Vuitton. Qu’avez-vous injecté dans votre marque de ces expériences passées et qu’avez-vous volontairement écarté ?

On va commencer par les bémols (rires). Ce qui me gênait dans les maisons de luxe, c’est la production à outrance et le gâchis. En studio de création, on imagine beaucoup de modèles qui ne sont finalement pas explorés par manque de temps. C’est assez frustrant. Avec Réuni, j’ai construit un projet à l’exact opposé de cela, qui s’articule autour de quelques pièces essentielles conçues pour durer.

J’ai malgré tout eu la chance de plonger dans un système qui prône l’excellence et de travailler en direct avec des personnalités inspirantes comme Demna Gvasalia, le directeur artistique de Balenciaga. J’en suis ressorti riche d’enseignements sur la manière de faire un bon produit.

"Réuni" "Entreprendre dans la mode"
"Réuni" "Entreprendre dans la mode"

Le mot « Réuni » évoque le nombre, le partage, la convergence. Trouvez-vous les chemins trop solitaires et individualistes dans la mode ?

Dans les maisons pour lesquelles j’ai travaillé, ce qui s’impose, c’est la vision d’un directeur artistique. Une seule personne décide de ce que tu vas porter demain, c’est assez fou ! Avec Réuni, j’avais au contraire envie de construire un produit avec le plus grand nombre, en m’appuyant sur leurs feedback. Par exemple, nous soumettons notre plan de collection 2020 à nos proches. On va réfléchir ensemble aux produits que nous lancerons l’année prochaine.

Après le gros pull d’hiver, que nous réserve Réuni ?

Nous avons envoyé un questionnaire pour comprendre quelles étaient les prochaines attentes de notre communauté. Plusieurs pièces en sont ressorties dont le blazer, le manteau, le jean, les boots, la maille d’été, la chemise et le tee-shirt. Pour les produits très techniques, on se fait accompagner par un designer spécialiste du domaine qui va nous aider à élaborer le bon modèle.

 Il y a deux ans, vous avez lancé le podcast Entreprendre dans la mode dans lequel vous recevez des personnalités qui partagent leur aventure entrepreneuriale dans l’industrie de la mode. Quelle était votre ambition avec ce podcast ?

Etant plus jeune, j’étais très impressionné par les gens qui faisaient de la mode. Je me voyais comme un petit provincial – je suis originaire de Lyon et j’ai grandi en Bretagne – à qui ça n’était pas destiné. Aujourd’hui, je veux lutter contre cela avec ce podcast. A travers les témoignages des invités, je souhaite montrer qu’il est possible de se frayer un chemin dans la mode. J’aborde aussi le podcast comme un outil pédagogique pour faire comprendre aux gens l’urgence à changer notre façon de consommer.

 

"Réuni" "Entreprendre dans la mode"

Avez-vous été surpris par le succès de votre podcast ?

J’ai été surpris que des créateurs qui me semblaient inatteignables m’ouvrent leurs portes et se livrent avec autant de sincérité. Mais je me suis aussi donné beaucoup de mal pour réussir. J’ai lancé le podcast alors que j’étais encore chez Balenciaga. Je donnais rendez-vous aux gens à 8h du matin pour enregistrer l’interview, puis j’enchaînais avec mon travail. Ce fut dur !

A partir de quel épisode vous-êtes vous senti à l’aise avec l’exercice de l’interview ?

Ce n’est que récemment. Et pour autant, je ne me considère pas comme journaliste. J’ai encore l’impression d’être un gamin trop content de rencontrer ses héros !

L’absence de montage est un parti pris ?

Oui, car j’aime les interviews fleuves qui permettent de s’immerger dans le sujet. C’est aussi dans ces longs échanges que des pépites sortent, que l’on s’approche au plus près de la vérité.

Dans un des épisodes d’Entreprendre dans la Mode, vous avez partagé une conversation de Vivienne Westwood qu’elle donnait  aux Galeries Lafayette. Que vous inspire le parcours de cette grande figure de la mode consciente ?

Je suis très admiratif de son parcours. J’apprécie qu’elle prenne la parole pour défendre une mode durable. Elle a participé à un système qu’elle ose décrier aujourd’hui. Mais j’attends de toutes ces grandes figures de la mode qu’elles aillent encore plus loin. Pour moi, il faut mettre fin à ce système qui consiste à produire 6 collections par an. Ça ne rend pas les gens plus heureux !

"Réuni" "Entreprendre dans la mode"

La green attitude d’Adrien Garcia

Les actes dont vous êtes le plus fier

Je suis devenu vegan, et ce n’est pas un choix facile ! Je ne me nourris qu’avec des produits de saison. Je n’achète plus de vêtements, hormis des pièces vintage. J’évite aussi d’aller au bout du monde pour un séjour très court. Le continent européen est vaste et diversifié. Autant l’explorer !

Les domaines à améliorer

Je pourrais aller plus loin dans la gestion de mes déchets et les limiter davantage. Idéalement, j’aimerais avoir un jardin et faire du compost.

La mauvaise habitude qui s’accroche

La machine à laver ! (rires)

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