De Bonne Facture

De Bonne Facture parie sur la confection

La discrétion est une qualité revendiquée par Déborah Neuberg. Avec De Bonne Facture, la créatrice propose, depuis 8 ans des vêtements haut de gamme qui flattent sans tapage la silhouette masculine. A grand renfort de matières naturelles, qu’elle source avec méticulosité et une profusion de détails chics, elle construit un vestiaire émotionnel. De ceux qui gardent l’empreinte des meilleurs artisans ayant œuvré dessus et la mémoire intime de notre vécu. Déborah Neuberg poursuit une quête de l’épure, du pratique et du beau tout en menant une réflexion approfondie pour minimiser l’impact de son label sur l’environnement. Aux bruyantes déclarations sur la mode durable, elle préfère des actions vertueuses qu’elle cherche constamment à améliorer.
Rencontre avec une créatrice exigeante et sensible. Une des rares femmes à diriger une marque de mode masculine.

Par Inès Matsika

Deborah Neuberg

Déborah Neuberg © Lulu Graham

De Bonne facture

En quoi est-ce que l’expression « une mode sans concession » résonne-t-elle avec votre label ?

Elle renvoie aux préoccupations environnementales qui sont au centre de De Bonne Facture. Même si nous sommes considérés comme d’avant-garde sur certains sujets, nous ne prétendons pas être parfaits, car cela est impossible. On essaie de faire évoluer la marque vers un maximum de responsabilités sociales et environnementales.

Sur quoi portent vos engagements pour une mode durable ?

Nous utilisons essentiellement des matières naturelles comme le coton, le lin ou la laine. Nous avons fait le choix de travailler avec des ateliers familiaux, spécialistes de savoir-faire et qui sont principalement ancrés en régions françaises. La transparence sur les sites de production est totale au point que nous la mentionnons sur chaque étiquette de nos vêtements.

On en fait un objet de fierté car nous revalorisons certaines techniques et filières textiles. Comme celle du mouton de pays en France. Il est non teint, élevé, filé et tissé localement. C’est une de mes fiertés. Ma conviction est qu’il est plus intéressant de mettre en avant les choix réfléchis d’une marque plutôt que de communiquer uniquement sur son nom !

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de bonne facture
De Bonne Facture
De Bonne Facture
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Quelles sont les « fausses-bonnes » idées green dont vous vous êtes détournée ?

Je me méfie des labels. Un coton bio n’est pas forcément responsable. Chez De Bonne Facture, on essaie de questionner tous les aspects d’une matière présentée comme vertueuse. Quelles sont les conditions humaines et techniques derrière sa culture ? C’est ce à quoi nous faisons attention ! Si ceux qui cultivent le coton bio ne sont pas rémunérés correctement ou si sa culture entraîne de la désertification – ce qui est parfois le cas – en quoi est-il respectueux ? En ce domaine, il faut tout nuancer car il n’existe malheureusement pas de recette magique.

D’où vient votre exigence au niveau de la qualité et de la résistance de vos vêtements ?

Je pense que cela vient de mon père. Je l’ai toujours vu s’habiller avec des pièces de grande qualité comme celles de la marque Old England. Il en a gardé certaines pendant plus de trente ans. Il m’a transmis ce goût du vêtement sobre et bien confectionné. Cet héritage a même guidé certaines de mes expériences professionnelles. Ce n’est pas un hasard si j’ai travaillé chez Hermès, au service des accessoires féminins en soie. Cette maison porte une grande exigence aux matières. Depuis, je garde cette envie de ne sélectionner que le meilleur.

Comment est né votre attrait pour les vêtements d’hommes ?

Dans ma fratrie, je suis la seule fille. J’ai toujours piqué les vêtements de mes frères. Cela traduit les aspects de ma personnalité, qui sont à la fois féminins et masculins. Ce qui est le cas de tout le monde, sauf que j’ai choisi très tôt de l’exprimer.

On dit souvent que la garde-robe masculine est moins créative, qu’elle peine à se renouveler. A tort ou à raison selon vous ?

La créativité n’est pas toujours là où on l’attend. Dans le vestiaire masculin, elle est plus subtile et s’exprime dans certaines finitions, dans les choix de matières et dans les associations de couleurs. Je trouve au contraire que c’est une mode qui se renouvèle avec des créateurs comme J.W Anderson qui fait des choses avant-gardistes.

Avec De Bonne Facture, j’avais envie de proposer des silhouettes à la fois classiques et cool grâce à des coupes oversized, des matières très confortables et une profusion de détails inspirés du tailoring que l’on réinvente : doublure en toile de patronage, bords côte en laine, boutons en corne…

C’est une mode qui n’efface pas la personne mais qui la révèle tout en finesse.

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De Bonne Facture

Que pensez-vous de l’éternelle question de la spécificité des vêtements conçus par des femmes qui en aurait une approche plus pragmatique, plus concrète ? Un angle réaliste ou réducteur ?

La féminité a été réfléchie et normée sur la base d’un certain inconfort. Je pense aux corsets et au lissage des cheveux par exemple. On a longtemps demandé aux femmes de se présenter au monde dans des tenues qui entravaient leurs mouvements et d’adopter des coiffures qui se révélaient douloureuses pour elles. Ceci est une réalité. On a toutes entendu un jour le fameux « il faut souffrir pour être belle ». Je pense qu’une femme designer a peut-être plus tendance à s’affranchir de ces codes qui n’ont pas entièrement disparu au XXIème siècle ! En tant que créatrice à la tête d’une marque masculine, je me sens concernée par le confort de mes clients. Je cherche à les embellir mais avec bienveillance. J’espère porter un regard tendre sur eux.

Dans une interview*, vous dites que les vêtements ont une âme, qu’ils s’imprègnent de nos caractères. Si les vôtres pouvaient parler, que diraient-ils de vous ?

Peut-être que j’aime observer l’œuvre du temps… Mes vêtements sont souvent usés, troués et ils n’en ont que plus de valeur à mes yeux. J’aime le concept du « vêtement doudou ». J’ai conservé des pièces de ma grand-mère qui est morte il y a longtemps et elles ont gardé l’odeur de son appartement. Je trouve cela très fort. J’ose espérer que les vêtements De Bonne Facture sont aussi capteurs d’émotions et de souvenirs pour nos clients.

*Interview accordée à Cheek Magazine en janvier 2020

L’héritage mode de Déborah Neuberg

Une odeur liée à un souvenir de mode

Celle de la poudre que ma mère appliquait sur le visage quand elle se préparait avant d’aller à une soirée.

Une personne qui a influencé votre style

Récemment, la jeune photographe américaine Lulu Graham qui tient le super blog Outfit Dissecting. Elle y décrypte le dressing des créatifs. Elle a un style à la fois preppy et « bûcheronne » qui me plaît beaucoup.

Les artistes qui ont forgé votre goût du beau

Quand j’étais petite, j’adorais Egon Schiele. Avec le recul, je trouve ça un peu trash (rires). Aujourd’hui, j’aime les artistes qui remettent en question mon approche classique du beau. Comme Dotan Moreno qui dessine et interroge la masculinité juive d’Afrique du Nord. Une représentation qui sort des sentiers battus et s’axe sur la pluralité de la beauté.

Les designers qui vous ont donné envie de faire ce métier

Yves Saint Laurent m’a beaucoup fascinée en tant que couturier. Mais je peux me montrer critique envers l’homme. Je me questionne sur son regard supposé valorisant du Maghreb et sur sa prétendue libération des femmes. Je ne suis pas si sûre de ces affirmations qui ont été martelées. Les choses sont à mon avis plus nuancées.

Une institution culturelle coup de cœur

Dia Beacon à New York, une galerie d’art minimaliste que j’adore.

www.debonnefacture.fr 

Crédits photos:
Modèles: Jordan & Shéhérazade/ Photophraphe: Charlotte Stouvenot/ Direction artistique: Déborah Sitbon Neuberg/ Stylisme: Loyc Falque

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