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Antonio Lopez

5 choses à savoir sur Antonio Lopez

Quand on évoque Antonio Lopez, l’image d’une boule à facettes s’impose tout de suite à l’esprit. L’illustrateur de mode et photographe était une figure mythique de la nuit new-yorkaise des années 60 à 80. Ses amis s’appelaient Bill Cunningham, Bianca Jagger ou encore Grace Jones. Il frayait avec toute la faune créative et avant-gardiste de l’époque. Mais pas uniquement pour lustrer les pistes de danse. Antonio Lopez trouvait dans cette communauté pétillante une source infinie d’inspiration pour son travail. L’homme aux mille idées n’a eu de cesse d’explorer un certain esthétisme à grands coups de crayon ou derrière l’objectif. Disparu brutalement en 1987, il laisse une œuvre foisonnante que le Campredon Centre d’art, en partenariat avec diChroma photography, met en scène dans l’exposition Antonio Lopez, une écriture visionnaire. On y découvre sa véritable dimension : celle d’un créatif hors normes et ultra-lumineux.

Par Inès Matsika

Antonio Lopez

Personal Étude, Juan Ramos Charbon sur papier, c. 1963 © The Estate of Antonio Lopez and Juan Ramos

antonio lopez

ELLE France, Paloma Picasso Crayon sur papier, 1974 © The Estate of Antonio Lopez and Juan Ramos

1 Un amoureux de l’illustration

Quel est le point commun des magazines de mode dans les années 70 et 80 ? Une signature visuelle, celle d’Antonio Lopez. Le prolifique illustrateur travaille avec les supports les plus en vue comme Vogue US, Harper’s Bazaar et Elle US. Tous s’arrachent les dessins sexy de l’artiste, dont le travail est le plus excitant du moment. Son génie, Antonio Lopez l’exprime depuis de nombreuses années. Il est tombé dans la mode alors qu’il savait à peine marcher.

Né à Porto Rico en 1943, il grandit auprès d’une mère couturière dans un tourbillon de tissus, de couleurs et d’imprimés qui lui ouvre l’œil. Très vite, l’enfant sensible reproduit ce qui l’entoure sur le papier et découvre sa vocation : celle de dessiner.  Débarqué à New York avec sa famille, dans le quartier d’East Harlem, il se forme au Fashion Institute of Technology. C’est sur les bancs de cette école qu’il fait une rencontre déterminante en la personne de Juan Ramos.

Avec cet ami, devenu amant, ils partent à la conquête de New York et deviennent les coqueluches des médias en vogue. Antonio y impose ses croquis de femmes conquérantes aux tenues ultra-sensuelles. Sur les murs du Campredon Centre d’art qui expose son travail, la présence de ces amazones est omniprésente. Travaillées à l’aquarelle, fruits d’un sublime combo de pop art, de disco et de surréalisme, elles aimantent l’œil du visiteur, d’une pièce à l’autre.

 

Lire aussi: La fête éternelle d’Antonio Lopez

antonio lopez

“The Pants Uniform”, Fashions of the Times/The New York Times Magazine, Susan Baraz. Feutre Pentel et cello-tak sur papier, 1966  © The Estate of Antonio Lopez and Juan Ramos

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“Stripes”, Fashions of the Times/The New York Times Magazine. Feutre Pentel et cello-tak sur papier, 1966 © The Estate of Antonio Lopez and Juan Ramos

2Un photographe insolite

Pourquoi se contenter d’un médium quand on peut en explorer plusieurs ? Rien n’arrête Antonio Lopez dans sa quête créative. Aux côtés des dessins de mode, l’image fixe va rapidement devenir son autre obsession. Et son meilleur sujet sera sa vie. Dans un New York en pleine effervescence, l’artiste documente ses différentes expériences et les personnalités qu’il croise au cours de ses pérégrinations nocturnes. Antonio Lopez est un oiseau de nuit qui excelle en danse. Sur les pistes des clubs mythiques comme le Studio 54, il croise des créateurs de mode, des éditeurs et des mannequins. Lui vient l’idée d’immortaliser toutes ces personnes qui font la mode. Armé d’un Instamatic – un appareil photo élaboré par Kodak produisant des images carrées – il fait passer sous son objectif Diana Vreeland, Andy Warhol, Paloma Picasso, André Leon Talley … Il s’amuse à les mettre en scène dans des épisodes successifs, comme un plan séquence. Ces clichés originaux, qui sont au cœur de l’exposition, sont aujourd’hui les témoins d’une époque flamboyante de la mode.

3Un bourreau de travail

À la fête non-stop à laquelle Antonio Lopez semble se dédier, s’entremêlent en réalité de longs moments de travail. L’artiste est un créatif acharné, exigeant, qui ne compte pas les heures passées devant l’objectif ou une feuille blanche. Il guette sans cesse le trait juste, l’expression la plus réaliste, l’attitude qui fait sens. C’est cette quête qui va le conduire à créer une œuvre protéiforme qui parle de mode. Mais pas seulement. À partir de ce sujet, Antonio Lopez évoque plus largement la beauté plurielle, la sensualité, le corps dans toutes ses composantes. En témoignent ses carnets intimes présentés dans l’exposition qui illustrent sa constante recherche artistique et les séquences émouvantes du documentaire Antonio Lopez 70 : Sex, Fashion and Disco de James Crump, sorti en 2017. Dans cette pépite d’1h35 qui s’offre aux visiteurs les plus assidus, on découvre un portrait juste de l’artiste qui souligne surtout son amour du travail

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“The Real Red…”, Harper’s Bazaar Feutre Pentel sur papier, 1965 © The Estate of Antonio Lopez and Juan Ramos

4Un dénicheur de talents

L’autre atout du documentaire est de faire parler les proches encore vivants d’Antonio Lopez, et notamment ses muses. Le créatif avait un flair imparable et devinait les futurs talents. Il rencontre Jerry Hall alors qu’elle est une adolescente fraîchement débarquée de son Texas natal. Un temps en couple avec la blonde incendiaire, il en fera la vedette de ses clichés et la formera à son futur métier de top model. On doit aussi à Antonio Lopez la découverte de l’incroyable Grace Jones, les premiers pas et l’épanouissement devant l’objectif de Jessica Lange, de Pat Cleveland et de Tina Chow. Avec une camera Super 8, l’artiste s’amusait à filmer les « Antonio’s girls ». Ces petits films pleins de fraîcheur, qui ponctuent l’exposition, parlent de complicité artistique et témoignent aussi de l’engagement d’Antonio Lopez pour une représentation pluriethnique et singulière de la beauté.

5Un collaborateur précieux

En 1969, Antonio Lopez s’envole pour Paris, emportant dans son sillage sa fidèle troupe de mannequins et son compagnon de toujours, Juan Ramos. Débute pour lui une période artistique déterminante qui le conduit à rencontrer les princes de la mode : Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent. Il collabore avec les deux couturiers aux univers opposés. À l’un comme à l’autre, il apporte sa vision décomplexée de la mode, incarnée par des personnages forts, aux différentes origines. Sous l’influence de ses croquis, les collections de Chloé alors pilotées par le Kaiser Karl vont gagner en modernité. L’aventure parisienne prend fin en 1975. De retour aux Etats-Unis, Antonio Lopez se consacre à des campagnes publicitaires pour de grandes maisons de mode et à divers projets artistiques, jusqu’à sa mort soudaine à 44 ans, des suites du sida. Il laisse un héritage précieux : une imagerie explosive qui a contribué à faire de la mode un art à part entière.

Exposition Antonio Lopez, une écriture visionnaire, jusqu’au 3 octobre 2021 au Campredon Centre d’art, à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse).

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Antonio Lopez, Charles Tracy et Pat Cleveland, New York City, Kodak Instamatic, 1975 © The Estate of Antonio Lopez and Juan Ramos

Photographe inconnu, Antonio Lopez et Cathee Dahmen, New York City Procédé gélatino-argentique, c. 1965 © The Estate of Antonio Lopez and Juan Ramos

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