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Guy Bourdin en trois obsessions

Il connaît aujourd’hui un retour en grâce. Mais il a fallu attendre 2003 pour que la première rétrospective sur Guy Bourdin soit organisée à Londres ! Celui qui changea durablement la face de la photographie de mode – avec ses cadrages audacieux, ses mises en scène insolites et sa vision érotique de la femme – est désormais célébré à travers de nombreuses expositions. La dernière en date, L’image dans l’image,  se déroule au Campredon Centre d’art, à l’Isle-sur-la-sorgue (84). L’occasion de redécouvrir, au sein d’une ancienne bâtisse, toute la singularité de son œuvre. Et de décrypter les fondamentaux qui la composent.

Par Inès Matsika

Charles Jourdan, summer 1978 © The Guy Bourdin Estate, 2019

Obsession n°1 : la puissance féminine

Une demi-seconde. C’était le temps de réflexion nécessaire aux mannequins pour accepter une prise de vue avec LE photographe du moment. Dans les années 70, Guy Bourdin se taille une réputation de génie excentrique qui se diffuse tel un fusible dans le milieu de la mode. Épaulé par la non moins originale Edmonde Charles-Roux – alors rédactrice en chef du Vogue Paris avec lequel il collabora étroitement – Guy Bourdin impose une approche radicalement nouvelle des femmes.

C’est cette vision, novatrice pour l’époque, qui frappe dès les premiers clichés présentés au rez-de-chaussée du Campredon Centre d’art. On y observe des femmes qui vampent littéralement l’image. Maquillages appuyés, poses langoureuses ou attitudes conquérantes : ce sont des amazones libérées, dotées d’un érotisme troublant. L’imagerie de Guy Bourdin, loin d’être vulgaire, invite les femmes à prendre le pouvoir et à assumer pleinement leur désir. Un point de vue partagé par son grand rival de l’époque, le photographe Helmut Newton. 

Même si l’artiste– qui est obsédé par l’image parfaite- se montre exigent avec les mannequins sur les shootings, elles sont toutes séduites par sa créativité et s’amusent follement auprès de lui. A l’image de Nicolle Meyer, son modèle favori qui travailla avec lui jusqu’à la fin de sa carrière. ll faut jeter un œil au documentaire présenté au dernier étage de l’exposition, réalisé par Guy Bourdin. Sorte de making-off des séances photos, il dévoile l’ambiance à la fois joyeuse, survoltée et sérieuse qui y régnait.

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Charles Jourdan, spring 1978 © The Guy Bourdin Estate, 2019

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Charles Jourdan, summer 1978 © The Guy Bourdin Estate, 2019

Obsession n°2 : la mise en scène millimétrée

Il ne fallait surtout pas lui parler de sélection. Quand Guy Bourdin recevait la commande d’un magazine, il livrait une photo, et pas une de plus. Cette grande liberté qu’il s’octroyait n’était pas un caprice d’artiste mais le reflet d’un travail d’orfèvre. Chaque élément de la photo est adapté à la mise en page du magazine. Tout est étudié au centimètre près. Une contrainte de travail qu’il transforme en un signe distinctif avec des compositions pleines d’humour, que l’on découvre sur les murs du Campredon Centre d’art.

Avant les séances photos, les repérages mobilisent aussi beaucoup son énergie. L’artiste prend une multitude de polaroids pour trouver les cadres, les couleurs ou les pauses adéquats. Dévoilés pour la première fois au public, ces polaroids qui témoignent du processus créatif de Guy Bourdin, sont les véritables pépites de l’exposition. Elles donnent de nombreuses pistes pour élucider la manière dont il aboutit aux images finales.

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Charles Jourdan, summer 1978 © The Guy Bourdin Estate, 2019

Obsession n° 3 : l’esthétique surréaliste

Aujourd’hui, raconter une histoire est devenu un point de départ banal pour tout photographe. Mais à l’époque, Guy Bourdin se distingue des autres en soignant la narration de ses photos. Un récit déconstruit qui brouille les pistes entre les éléments secondaires et principaux de la photographie. Avec lui, le détail insignifiant attire l’attention, le second plan intrigue et raconte déjà une autre histoire. Guy Bourdin est le premier photographe à avoir imposé ce style au milieu si mercantile de la publicité. Il privilégie l’image globale –souvent subversive- à la mise en avant du produit commercial. Des marques comme Charles Jourdan, Ungaro ou Chloé lui doivent des campagnes publicitaires qui ont fait sensation.

L’esprit décalé des photos de Guy Bourdin repose sur son amour du surréalisme. Formé par l’artiste Man Ray durant les années 50, il en garde le goût du cadrage insolite et des poses absurdes. Avec une certaine radicalité, il coupe les têtes, exhibe les jambes ou fracture les bustes. Il se joue des codes traditionnels de la beauté pour la faire jaillir autrement.

Et c’est tout l’enjeu de cette exposition : démontrer comment un homme – jusqu’à son décès en 1991 – a magnifié le réel en y introduisant une bonne dose d’étrange.

Jusqu’au 6 octobre 2019.

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Charles Jourdan, spring 1979 © The Guy Bourdin Estate, 2019

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Charles Jourdan, summer 1978 © The Guy Bourdin Estate, 2019

En haut de page: portrait of Guy Bourdin, circa 1950-1955 © The Guy Bourdin Estate, 2019

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