Coralie Marabelle donne des ailes aux femmes

Coralie Marabelle

Déterminée. C’est le mot qui vient à l’esprit quand on pense à Coralie Marabelle. A seulement 32 ans, cette surdouée de la mode est bardée de récompenses. Prix du Public du Festival d’Hyères en 2014, Grand Prix de la Création de la Ville de Paris en 2018 – pour ne citer qu’eux ! Formée au sein de maisons prestigieuses comme Hermès, Martin Margiela et Alexander McQueen, Coralie Marabelle a lancé sa marque éponyme il y a deux ans. Elle dessine un vestiaire aux volumes travaillés, aux textures parfois expérimentales, pour donner de la puissance aux femmes. La créatrice défend l’idée d’une mode exigeante mais portable qui s’inspire de l’art, d’un ailleurs imaginaire ou parcouru par la globe-trotteuse qu’elle incarne. Détendue, rieuse, Coralie Marabelle parle avec assurance de son univers qu’elle n’imagine pas limiter aux vêtements dans un futur proche. Parole d’une créatrice hyperactive.

Texte: Inès Matsika

A quand remonte votre histoire avec la mode ?

Elle remonte à loin. J’ai grandi dans une famille très créative, on réalisait des choses manuelles tout le temps. J’ai commencé à coudre à 8 ans. J’avais installé un petit atelier chez moi où je n’arrêtais pas de créer. Avant même l’idée de mode, c’est le vêtement en tant qu’objet qui me fascinait.

Comment avez-vous débuté dans le milieu ?

Ça n’a pas été immédiat. Après un détour par une école de commerce, je suis revenue à mes premiers amours. J’ai décroché un stage chez Hermès au département d’achat d’art. Puis, j’ai intégré le studio femme en tant qu’assistante. Travailler auprès de Jean Paul Gaultier, qui était le directeur artistique à l’époque, fut galvanisant. C’est un créateur très solaire, qui partage beaucoup avec ses équipes. C’était fascinant de voir comment il construisait une collection. Chez Hermès, j’ai retenu le souci du détail, la recherche de l’excellence à tous les niveaux.

Cette première expérience chez Hermès vous a donné envie d’achever votre formation au Studio Berçot ?

Oui j’étais déterminée à parfaire mon apprentissage. Parallèlement aux cours, je me suis formée auprès d’un modéliste car cette école est très bonne au niveau du style, moins au niveau de la technique. J’ai eu la chance de faire mon stage de fin d’études à Londres chez Alexander McQueen, au prêt-à-porter femme. Une expérience intense qui m’a appris à dépasser mes limites. Tout était possible ! On déplaçait des montagnes et on arrivait à faire une robe en trois jours. Ce stage a énormément fait progresser ma vision de la mode. J’ai ensuite travaillé chez Martin Margiela, sur la ligne artisanale confectionnée à partir de matières recyclées. On a créé des choses démentes comme un trench avec une voile de bateau ou une combinaison à partir d’une robe de début de siècle. Sur le plan créatif, c’était très stimulant. Puis, une opportunité s’est présentée à Londres chez Alexander McQueen où j’ai été embauchée durant un an.

En 2014, vous créez une collection que vous présentez au Festival d’Hyères. Travailler sur un projet personnel a toujours été une évidence ?

Après m’être formée dans de belles maisons, j’ai ressenti le besoin de passer à autre chose et de me recentrer sur mon travail personnel. J’ai toujours eu l’âme d’une entrepreneuse. La question était quand me lancer ! J’avais envie de créer un portfolio et pour me motiver j’ai postulé au Festival d’Hyères qui a retenu ma candidature.

Vous recevez le prix du Public au Festival d’Hyères. Quel impact a-t-il eu sur votre parcours de styliste ?

Ça a été une superbe vitrine pour moi. Du jour au lendemain, j’ai eu plein de propositions de collaborations qui se sont concrétisées, avec Jo Malone London notamment. J’ai intégré le Designers Apartment, un show room qui soutient les créateurs émergents. 

En 2015, vous avez imaginé une capsule pour La Redoute, acteur de la mode accessible. En quoi cet exercice fut-il intéressant pour vous ?

J’ai fait cette collaboration alors que ma marque n’était pas encore établie. C’était inespéré ! En tant que créatrice, c’était intéressant de se plier à certaines contraintes et de réfléchir à un produit abordable. Je me suis sentie assez libre dans ce que je pouvais proposer. L’idée était de décliner mon style dans un vestiaire portable tout en conservant une silhouette forte.

 La marque Coralie Marabelle s’est réellement structurée il y a deux ans.

J’ai été rejointe par Antoine Gagey, mon associé. Ensemble, nous avons redéfini les contours de la marque et sa diffusion. Nous avons décroché des points de vente à l’étranger. On a lancé un site de e-commerce et ouvert des pop-up stores qui ont très bien marché.

Comme de nombreuses marques, vous êtes sortie du calendrier de la mode pour suivre votre propre tempo. Expliquez-nous ce choix.

Sortir du calendrier de la mode était une question de survie car il est beaucoup trop contraignant pour une jeune marque comme la nôtre. On a arrêté de fonctionner avec deux collections par an. On a choisi de présenter des capsules mensuelles composées de plusieurs pièces. Chaque capsule est le prolongement de la précédente. On définit une histoire que l’on raconte en plusieurs étapes.

Quelle idée de la mode défendez-vous à travers la marque ?

Je fais des vêtements créatifs mais faciles à porter. Mon envie est de donner du pouvoir aux femmes. Je crée des silhouettes imposantes pour leur donner confiance en elles, pour qu’elles se sentent puissantes. Je défends aussi à travers ma marque l’excellence des matières et une production respectueuse de l’environnement.

Quel est le point de départ de vos collections ?

Chaque collection part d’une obsession. Par exemple, la collection réalisée pour le Festival d’Hyères a été imaginée à partir d’une photo d’un berger iranien qui m’a fascinée. Je m’inspire aussi de mes voyages, comme au Japon, ou de sublimes photographies comme celles de Seydou Keïta dont l’univers a guidé ma collection automne-hiver 2017. Cet hiver, la collection s’inspire de la maison de Dali à Cadaquès. Un lieu magique, resté dans son jus, dans lequel on s’attend à voir Dali surgir de chaque pièce. Je suis partie des éléments de cette maison et j’ai créé chaque capsule autour.

Quelles sont vos autres sources d’inspiration ?

Le voyage. L’ailleurs – fantasmé ou réel- et les cultures différentes sont une richesse à mes yeux. J’aime me plonger dans les traditions d’un pays et les revisiter. Je m’en sers comme d’un fil rouge pour construire mes collections.

La frontière entre l’art et la mode semble être poreuse pour la marque. On le sent fortement dans vos clichés. Est-ce un domaine qui vous inspire beaucoup ?

Enormément ! Je passe beaucoup de temps à voir des expositions. Ça me ressource. D’ailleurs, j’y vais souvent seule. J’en ressors avec mille idées. Ça me nourrit beaucoup.

Dans vos clichés, les vêtements sont portés par des femmes auxquelles ont peut facilement s’identifier. C’est une volonté ?

J’essaie de ne pas travailler avec des mannequins professionnels. J’ai envie que les filles qui incarnent ma marque ne correspondent pas à un archétype classique. J’apprécie les femmes qui ont une gueule et une forte personnalité. Les beautés plurielles, véhiculées par la marque, sont à l’image de ce que l’on voit dans la rue.

Slow fashion, défense du made in France, upcycling : les valeurs de la mode bougent ! Quel regard portez-vous sur ces mouvements et vous en sentez-vous proche ?

Oui j’en suis partie prenante ! Dans notre boutique, nous avons mis des paniers pour récolter des vêtements que les gens n’utilisent plus afin de les recycler. A partir de ces pièces usagées, nous allons créer de nouveaux modèles. De manière générale, je ne jette rien. Je demande même à mes fabricants de me donner leurs chutes de tissus que j’utilise comme des patchworks pour créer des pièces entières.

La marque est jeune et vous avez à votre actif de nombreux prix. Qu’est ce que ça représente pour vous ?

C’est une vitrine formidable. Il n’est pas toujours évident d’exister dans ce milieu de la mode très compétitif et saturé. J’aime aussi le fait de participer à des concours qui sont un jeu pour moi. Dans tous les cas, on gagne. Le fait de montrer son travail, de se confronter à un regard professionnel fait beaucoup avancer.

Vous avez ouvert une boutique cet automne. A l’heure du tout digital, ouvrir un lieu est un parti pris ?

Rencontrer nos clientes lors des pop-up stores nous a convaincus qu’il était important d’installer un lien direct avec elles. On se rend compte des pièces qui fonctionnent, ça permet de réfléchir sur la marque et de la faire évoluer. Il est aussi plus facile d’avoir un discours autour du prix dans une boutique. Nous avons un positionnement de luxe accessible et il n’est pas aisé de vendre en ligne des produits ayant un certain coût lorsqu’on n’est pas connu.

Comment imaginez-vous la marque dans 10 ans ?

Je voudrais décliner mon univers sur un lifestyle complet. Je n’ai pas envie de me limiter aux vêtements. Noël dernier, j’ai fait une collection de céramique avec le site The Socialite Family vendue au Bon Marché qui a très bien fonctionné. J’ai adoré cette expérience et ça m’a donné envie d’ouvrir mon univers créatif à de nombreux objets.

Dans l’univers de Coralie marabelle

Votre première émotion mode

C’était une des robes de ma mère, au design des années 80, avec des manches ballon. D’où mon obsession pour ce style !

Une personne dont le style vous a influencée

Mes deux grands-mères, chacune avec leur allure, m’ont beaucoup influencée. L’une était bourgeoise et l’autre vivait à la campagne, mais pour les deux, il était important de s’apprêter quand on sort, d’être coquettes. Avec elles, j’ai compris l’importance de se mettre en valeur.

Une odeur liée à un souvenir mode

L’odeur des placards de mes grands-mères. Une odeur de caverne d’Ali Baba !

Quels sont les artistes qui ont forgé votre goût du beau

J’ai grandi entouré de posters de Cézanne, Picasso et Matisse. Aujourd’hui je suis plus touchée par l’art moderne et l’art contemporain. J’aime aussi beaucoup la sculpture, et l’approche minimaliste dans la construction. Mon passage chez Hermès en achat d’art a beaucoup éduqué mon œil en matière de photographie de mode.

Les archives d’une maison à découvrir

J’aimerais voir les archives récentes de Phoebe Philo, mais également celles de Madeleine Vionnet et de Jeanne Lanvin. J’ai lu beaucoup de biographies de créateurs. Je suis fascinée par les femmes qui ont lancé leurs marques à une époque où ce n’était pas évident de le faire. J’aime ces parcours de femmes qui ont osé réaliser leurs rêves.

Trois pièces qui définissent votre personnalité

Elles sont issues de ma marque. Une chemises à manches ballon, une doudoune patchworh travaillé à la main très couture et un sweat-shirt taille haute et manches ballon de la dernière collection. Il fait une silhouette forte et peu commune, ce qui est ma signature.

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