La fashion story de Madeleine Ably, créatrice de Sixsœurs

Sixsœurs…C’est la marque qui monte et dont le nom claque comme un slogan publicitaire. Derrière la griffe familiale se cache une fratrie de filles, passionnées de mode et toquées de vintage. De leur amour pour la chine sont nées une boutique en ligne de vêtements vintage et depuis deux ans une collection de vêtements pilotée par l’aînée, Madeleine Ably. La pétillante créatrice imagine un vestiaire désirable, affranchi des tendances et à l’allure ultra-moderne. Volontaire, spontanée, Madeleine nous dévoile les coulisses de sa marque et  son rapport très spécial à la mode.

Texte et réalisation: Inès Matsika  Photos: Boulomsouk Svadphaiphane

Sixsœurs est une marque à tiroirs, qui combine aujourd’hui différents concepts. Raconte-nous la genèse de la marque.

L’aventure a commencé il y a six ans. A la trentaine, j’ai quitté mon poste de directrice de production dans l’audiovisuel. Avec ma sœur Suzanne on a eu envie de monter un projet ensemble. Tout est parti de notre amour pour les sacs. On en confectionnait pour nous à la maison. Nous avons été élevées par une mère ultra douée de ses mains, qui coud et transforme tout en or. Elle nous a léguées ce goût de la création et un amour dingue des tissus. Nos copines ont commencé à acheter nos créations en nombre. Ça nous a encouragé ! Nous avons donc lancé une ligne. Notre idée était de recycler des vêtements en cuir pour en faire des sacs uniques. Très vite l’idée de les personnaliser a germé. On proposait aux gens de nous apporter un vêtement en cuir, chargé d’histoire et patiné par le temps, pour le transformer en sac. Pour accroître notre visibilité, nous avons ouvert une boutique en ligne où était présentée la ligne de sacs recyclés, désormais mise en sommeil, et une sélection de vêtements chinés aux quatre coins de la France. La chine est une passion que nous partageons mes cinq soeurs et moi.

D’où vous vient ce goût pour la fripe ?

Mes sœurs et moi avons grandi au sein d’une famille nombreuse. Depuis notre enfance, nous sommes imprégnées du concept de « second hand ». Chez nous, le dernier enfant portait toujours les vêtements des aînés. Notre mère rafistolait et customisait nos fringues avec beaucoup de goût. Et puis, nous avons été élevées en Normandie, où s’organise régulièrement des brocantes. Mes sœurs et moi adorions ça ! On vivait dans une grande maison où l’on pouvait se permettre d’entasser les objets. Sixsœurs est né de ce goût pour la chine. C’est sur les brocantes que l’on récolte des vêtements vintage pour la boutique en ligne et parfois des tissus incroyables pour la ligne Sixsœurs. C’est fabuleux car on ne sait jamais avec quoi on va revenir.

Travailler entre sœurs, c’était une évidence ?

Oui, car nous sommes habitées par une même passion et qu’il est parfois inutile de se parler pour se comprendre ! On gagne un temps précieux. A part moi, qui travaille à 100% pour Sixsœurs, chacune poursuit en parallèle son métier. Angèle travaille pour un centre d’art et d’essai en Normandie, Suzanne est styliste, Jeanne  est journaliste, Lucie est maquilleuse, et Alice styliste. Avec Suzanne, nous créons ensemble la ligne de sacs. Mes autres sœurs alimentent la boutique en ligne avec des pièces chinées dès qu’elles le peuvent.

Comment est née la ligne de vêtements Sixsœurs ?

Un peu par accident. J’ai commencé à créer des vêtements dans mon coin. Et j’ai très vite chopé le virus ! Comme pour les sacs, j’ai d’abord habillé mes copines, puis face à l’engouement, j’ai lancé une petite collection composée uniquement de vestes. C’est une pièce que j’adore, je dois en avoir 200 dans mes placards. Toujours guidée par le goût du vintage, j’ai proposé dans un premier temps  des vestes réalisées dans des chutes de tissus de grandes maisons de couture, comme Yves Saint Laurent, Carven. J’ai toujours aimé me distinguer en portant des pièces rares, que l’on ne voit pas sur tout le monde. J’ai donc voulu m’adresser à une clientèle exigeante à la recherche de vêtements originaux et fabriqués dans de beaux tissus. Aujourd’hui, cette ligne de vêtement représente 80% de l’activité de Sixsœurs.

Les collections Sixsœurs sont des séries limitées. Tu te positionnes comme une marque confidentielle ?

Je produis en petite quantité pour me concentrer sur quelques modèles. Chaque pièce est conçue comme un indispensable. J’ y passe beaucoup de temps. Je ne souhaite pas subir les contraintes du calendrier de la mode, ni « produire pour produire ». Je m’inscris plutôt dans une démarche de « slow fashion ».

Les sacs et la ligne de vêtements sont fabriqués en France. Faut-il y voir un engagement ?

Le made in France est génial car il permet de suivre au plus près la fabrication du vêtement. Je travaille main dans la main avec de petits ateliers. Je peux me permettre d’ajouter quelques pièces à une collection au dernier moment sans que cela soit compliqué. Il y a une vraie liberté de création. J’aime aussi l’idée de travailler avec des gens qui ont beaucoup d’expérience, qui ont œuvré dans de grandes maisons de mode et dont le savoir-faire pourrait disparaître avec eux. A travers mes vêtements, je le fais perdurer. La contrainte du made in France, c’est que c’est cher. Il faut être clair là-dessus. Alors que je souhaite faire des vêtements de qualité à des prix accessibles. Du coup, ma marge est réduite. Si on doit y voir un engagement de ma part, c’est là qu’il se trouve.

Quel est ton processus de création ?

Il ne démarre pas forcément avec un croquis. Je travaille avec une précieuse modéliste, Christine. On se connaît tellement bien qu’elle arrive à concrétiser les modèles qui naissent dans ma tête. J’ai une approche très spontanée du vêtement. Les idées fusent en regardant le tissu. Je m’enroule dedans, je le touche, je l’hume et parfois même je lui parle ! J’arrive à imaginer rien qu’en le palpant s’il doit se transformer en top, en pantalon ou en veste. J’ai une relation charnelle avec le tissu.

Parle-nous des matières chères à Sixsœurs et des coupes qui caractérisent la marque?

Sans le tissu, le vêtement ne vaut rien. J’y apporte un soin infini. Un vêtement peut avoir une forme simple et devenir une pièce fabuleuse grâce au tissu. Pour Six Soeurs, je travaille beaucoup le coton, le lin, le velours et le denim. J’aime aussi détourner les matières comme le nid d’abeille ou les tissus d’ameublement. J’adore créer la surprise en les revisitant. Au niveau des coupes, je suis très inspirée par le vestiaire japonais. J’aime jouer des volumes, créer des décalages entre un pantalon serré et un top ample. C’est vraiment ma signature.

Comment se traduit l’impact de la Normandie dans tes créations et l’univers Sixsœurs ?

Il y a en Normandie des paysages qui me touchent, dont je suis imprégnée et qui peuvent ressortir de manière inconsciente dans mes créations. La mer n’est y jamais pareil, sa couleur change tout le temps. Et c’est vrai que j’aime travailler les différentes tonalités de bleu. J’apprécie aussi le gris des galets qui parsèment les plages de Normandie, et le blanc craie des falaises qui se jettent dans la mer. Je suis naturellement attirée par la couleur. Il n’y a quasiment pas de noir dans mes collections. La Normandie est aussi très présente dans nos photos. Les vêtements sont mis en scène sur les plages et les jardins normands.

Quel type de femme imagines-tu habiller ?

Tous types. Une femme de 18 ans comme de 78 ans peut se retrouver dans le vestiaire Sixsœurs. La qualité des tissus et les coupes recherchées parlent à toutes les générations.

Qu’il y a de plus de gratifiant dans cette aventure ? Et de plus difficile aussi ?

Voir porter mes vêtements est quelque chose de très touchant. Les filles qui adhèrent à la marque deviennent souvent des clientes fidèles. C’est encourageant. C’est aussi émouvant de voir mon entourage – mes sœurs, mes amies- habillé en Sixsœurs. La partie la plus difficile est la somme de travail que cela représente. C’est colossal. Ça ne s’arrête jamais ! C’est en permanence dans mon esprit. Comme j’adore mon travail, ce n’est pas handicapant, mais ça donne parfois le vertige. J’aimerais de temps en temps inviter mes proches à vivre 24 heures dans ma peau. Ils comprendraient mieux les contraintes avec lesquelles je jongle chaque jour.

Que nous réserve Sixsœurs pour l’hiver 2018 ?

Il y aura pas mal de velours, dans des couleurs hivernales. Un moutarde assez chaud, un gris souris tout doux. Il y aura aussi des pièces en jean. Je vais davantage proposer de hauts cintrés et peut-être innover avec un modèle de jupe.

Comment vois-tu la marque dans 10 ans ?

J’aimerais avoir une boutique en nom propre et développer des points de vente. J’aimerais aussi mettre l’accent sur les collaborations avec des créateurs dont l’univers m’attire. Ils sont nombreux.

Sixsœurs à la Manufacture Parisienne, 93 rue Marcadet Poissonnières, 75018 Paris.

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