annelise michelson

Annelise Michelson sculpte le corps avec des bijoux arty

Elle a un côté cash qui détonne dans un monde de plus en plus policé. Annelise Michelson crée des bijoux aussi bruts que son caractère. Des pièces imposantes qui donnent de l’attitude et de la force aux femmes. Avec ses accessoires hybrides – à mi chemin entre l’œuvre d’art et le bijou- la créatrice franco sud-africaine réinvente le genre. Son fait d’arme : avoir conquis les stars internationales, comme Rihanna, Lady Gaga, Jennifer Lawrence ou Solange Knowles. À Paris, Annelise Michelson ouvre une boutique éphémère dans le quartier Vertbois. Un écrin aux tons gourmands et au décor pointu qui ringardise les codes de la bijouterie.

Texte : Inès Matsika

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Annelise Michelson

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Le hasard tient une place importante dans le lancement de votre marque. Racontez-nous pourquoi.

En effet, rien ne me destinait à travailler dans le domaine du bijou. Je devais plutôt faire de la mode ! Je me suis formée à la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne. Tout a basculé le jour où une grande rédactrice de mode m’a demandé de l’assister sur un shooting photo pour un magazine. En préparant le stylisme, j’ai réalisé qu’il y avait peu de choix au niveau des bijoux, en dehors des pièces girly et figuratives.

J’en ai donc créé pour l’occasion, et elles ont fait sensation. Cela m’a donné envie d’aller plus loin en lançant une ligne de bijoux conceptuels.

Très vite, vos pièces sont adoptées par des personnalités internationales…

Un coup de poker qui m’a permis de gagner rapidement en visibilité ! Aux débuts de la marque, je suis partie aux Etats-Unis car j’étais persuadée que cela m’ouvrirait des portes. L’actrice Robin Wright fut la première à porter mes bijoux.

J’ai aussi rencontré Leandra Medine, la fondatrice du site Man Repeller. Cela a été une chance inouïe d’être adoubée par cette influenceuse dont le point de vue est très écouté. Ces rencontres, ainsi que des publications – comme celle du New York Times – furent des coups d’accélérateur. En rentrant en France, j’avais changé la donne. Ma marque était vendue dans plusieurs points de vente à l’étranger et j’étais soutenue par la presse.

Vos bijoux sont puissants. Ils habillent le corps. D’où vous vient ce goût du volume ?

Je voulais des bijoux qui apportent un sentiment de force aux femmes. Je les aborde comme des pièces sculpturales. Des objets aussi beaux à porter qu’à regarder. C’est aussi ma personnalité qui s’exprime. Je ne suis pas dans la discrétion. Mes bijoux ne le sont pas non plus ! (rires).

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Vos créations évoquent la fantaisie et un savoir-faire maîtrisé. C’est un mélange plutôt rare…

J’avais envie que mes bijoux fantaisie soient aussi beaux et qualitatifs que des pièces de joaillerie. Je me suis donc entourée d’artisans parisiens– des fondeurs et des doreurs – qui travaillent pour de grandes maisons. L’idée est de pouvoir les porter toute une vie, et pas seulement le temps d’une saison.

La dualité de mes créations illustre aussi mon désir de surprendre. Je souhaitais innover avec des collections empreintes d’audace, mais irréprochables au niveau de la fabrication. Des bijoux pluriels, à l’image des femmes, qui sont rarement là où on les attend !

Quels sont les matériaux que vous aimez travailler ?

Avant tout le bronze car c’est un métal assez dur qui résiste bien aux coups et au temps. Je travaille aussi l’argent et le laiton. J’ose les mélanges car j’aime quand le résultat n’est pas trop attendu.

Quels arguments avanceriez-vous pour convaincre une adepte du bijou fin ?

Il faut oser ! Le bijou permet de montrer des aspects différents de sa personnalité. C’est un accessoire avec lequel on peut jouer. J’observe souvent chez mes clientes un amusement, assez enfantin, quand elles essaient mes bijoux. Comme si elles enfilaient un déguisement. La mode est faite pour cela : se surprendre et se transformer.

Vous avez ouvert une boutique éphémère dans le quartier Vertbois. Quel univers aviez-vous envie de dévoiler ?

Je voulais mettre en scène une bijouterie moderne et chaleureuse. Un écrin féminin aux couleurs et aux textures enveloppantes.

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Frédérique Malle, Mathias Kiss, radiooooo.com : la signature visuelle, sonore et olfactive de la boutique est soignée. Expliquez-nous ce choix.

J’avais très envie de faire ce projet avec Mathias Kiss dont je suis une inconditionnelle. La boutique n’avait aucun vécu, aucune histoire à raconter, que des murs blancs. Il fallait tout imaginer et Mathias a très vite su quoi faire. Il sait, comme personne, comment croiser les points forts d’un lieu et l’univers d’une marque. Il a créé un décor à la fois futuriste et minimaliste, qui laisse de l’espace aux bijoux.

Je trouvais intéressant que tous les sens soient mis en éveil en pénétrant dans la boutique. J’ai donc fait appel à Radiooooo.com pour le design sonore. Cette webradio collecte des morceaux rares à travers le monde et les classent par décennie. J’adore ce concept singulier qui réserve de belles surprises. J’ai donc construit avec eux une playlist qui brasse les cultures et les époques.

Il était aussi capital que la boutique ait une odeur particulière. J’ai fait appel à Frédéric Malle car je voulais une signature olfactive parisienne, chic et élégante. L’espace embaume les fleurs blanches. C’est très délicat.

Quel regard portez-vous sur le quartier Vertbois, en pleine évolution ?

C’est un endroit excitant où il se passe plein de choses d’un point de vue créatif. C’est aussi la dernière partie du Marais qui n’a pas été encore touchée par l’uniformité des boutiques. Elle a gardé un côté confidentiel.

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Vous avez des origines sud-africaines. Quel lien entretenez-vous avec ce pays et avec l’Afrique en général ?

Ma mère est sud-africaine. Enfant, j’y allais 3 à 4 fois ans par an. J’y ai encore des attaches fortes. Rien n’est comparable à l’Afrique, en terme de lumière, d’énergie et de vibrations. C’est un continent unique. Ces origines impactent sur ma façon d’interagir avec les gens. Je suis très directe, sans filtre ! 

Vous avez connu un développement rapide en peu d’années. Quels conseils pourriez-vous donner à un créateur qui se lance ?

Il est important d’aller jusqu’au bout de son idée et de ne surtout pas se brider. Il faut oser et ne pas rester seul dans son coin car on ne construit pas une marque seul. Il est nécessaire de multiplier les contacts.

Etes-vous surprise par la trajectoire de votre marque ?

Oui, car je n’avais aucune idée de ce que je faisais. J’avais juste l’intime conviction que j’avais quelque chose à dire. Au tout début, je suis repartie vivre chez mes parents. Je n’avais pas un sou devant moi. Je n’aurais jamais imaginé en faire une marque rentable, vendue partout dans le monde 7 ans après. Il a fallu accepter de mettre sa vie personnelle en sourdine car lancer un projet est très prenant. Mais aujourd’hui, je suis entourée de trois personnes. Je peux dégager un peu de temps pour moi, afin de ne pas saturer, et de poursuivre avec plaisir cette aventure.

Boutique Annelise Michelson, 7 rue du Vertbois, 75003, Paris.

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L’héritage mode d’Annelise Michelson

 

 

Votre première émotion mode

Mon parrain était tailleur. Enfant, Je passais beaucoup de temps dans son atelier à le regarder travailler. Ma première émotion fut quand il m’a montré des défilés de Gianni Versace. C’était des shows pétillants avec des créatures incroyables. J’avais envie que ma vie ressemble à cela. À une fête sans fin qui célèbre l’exubérance. Je ne voulais pas d’une existence morne et commune. Je voulais le show !

Un personnage dont le style vous a influencée

Ma première collection a été réalisée en hommage à Grace Jones. J’aime son côté androgyne et fatal. Elle est tellement étrange, indéfinissable. Un peu homme, un peu femme, très sexuelle et chic. Une personne venue d’une autre planète.

Une odeur liée à un souvenir mode

Le parfum d’Issey Miyake. Adolescente, je le trouvais hyper moderne et j’adorais la bouteille aux lignes architecturales.

Une époque à laquelle vous auriez aimé vivre 

J’aurais adoré vivre dans les années 70 car c’était la fête tout le temps. On célébrait la vie. Il se passait beaucoup de choses dans tous les domaines : cinéma, mode, design etc. C’était un bouillonnement culturel. On est plus bridé à notre époque. On doit sans arrêt faire attention à l’interprétation des gens.

Les artistes qui ont forgé votre goût du beau

J’ai baigné dans un milieu culturel fort car ma mère était chanteuse lyrique. A la maison, on recevait ses amis sculpteurs et peintres. Mes premiers coups de cœur ont été pour les constructivistes russes et l’art futuriste italien. L’art figuratif m’intéressait moins. Depuis l’enfance, j’ai toujours penché vers un art plus radical.

Deux institutions culturelles coups de cœur

En Suisse, j’adore la Fondation Beyeler. À Saint-Paul-de-Vence, je fais toujours un saut à la Fondation Maegh. Et j’ai un faible pour la Collection Peggy Guggenheim à Venise.

Les archives d’une maison de mode à découvrir

Celles de Martin Margiela. Pour moi, c’est un génie suprême qui s’est construit hors mode et hors tendances. Un roi du détournement ! Il est à l’essence de tout.

3 vêtements qui vous définissent

Des boots, une veste d’homme bien taillée et un jean taille haute, mais pas rétro ! Je le porte avec un twist 2019. Je déteste le vintage et la nostalgie vestimentaire. Je préfère me tourner vers le futur et porter de nouvelles matières.

 

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