helen levitt

Les pépites des Rencontres d’Arles

Des rues étroites bordées de portes colorées, des sites historiques de premier ordre et le chant des cigales en fond sonore. C’est dans ce cadre idyllique que se déroulent les Rencontres d’Arles depuis 50 ans. Le festival – fondé par Lucien Clergue, Michel Tournier et Jean-Maurice Rouquette – célèbre un demi-siècle d’engagement pour faire rayonner la photographie et les divers talents qui la portent. Cette année – anniversaire oblige – la programmation est particulièrement riche. 50 expositions se répartissent dans des lieux éclectiques, du plus traditionnel au plus singulier. La chasse aux trésors est lancée à travers la ville et mène d’un magasin Monoprix, à un cloître à l’architecture romane jusqu’aux anciens ateliers SNCF appartenant à la Fondation Luma. Sélection– forcément subjective – des trois expositions événements à ne pas rater.

Par Inès Matsika

helen levitt

Helen Levitt, New York, 1940. L’Albertina, Vienne. Prêt permanent de Austrian Ludwig Foundation for Art and Science. Film Documents LLC, avec l’aimable autorisation de Thomas Zander Gallery

Helen Levitt

Qui ?

Une grande dame de la photographie (1913-2009), pas assez mise en lumière jusqu’alors. Les Rencontres d’Arles réparent cette injustice en exposant 130 clichés de l’Américaine dont la plupart sont inédits. A l’image de Garry Winogrand ou de Saul Leiter, elle s’inscrit dans la lignée des brillants « street photographers » et dévoile à travers son objectif une fine observation de la vie quotidienne.

Son sujet ?

Les rues de New York et ses quartiers populaires. Helen Levitt capture des tranches de vie qui se déroulent dans le Lower East Side et Spanish Harlem. Son œil immortalise des scènes à priori banales mais qui témoignent de l’ambiance qui règne dans les zones les plus défavorisées de la Grosse Pomme. Témoin depuis les années 30 des grands événements qui secouent les Etats-Unis, elle dresse à travers ses clichés un portrait social et économique très juste de ces lieux oubliés par le projet capitaliste.

Complète, l’exposition retrace son magistral travail en noir et blanc, souligne l’évolution de l’artiste qui expérimente la couleur et s’essaiera aussi à la réalisation de films.

Pourquoi on aime ?

Il y a une malice indéniable qui s’échappe des clichés d’Helen Levitt. Elle évite le misérabilisme et préfère s’attarder sur des visages d’enfants joyeux, sur le style vestimentaire des habitants, sur la riche mixité des lieux, sur des détails incongrus – elle est une adepte du surréalisme – et sur les graffitis qui ornent les murs d’Harlem. Il ne s’agit pas de cacher la pauvreté évidente de ces quartiers. Mais de souligner qu’elle cohabite avec des forces vives et plurielles. Ce sont les véritables vedettes de ses clichés.

Jusqu’au 22 septembre à l’Espace Van Gogh.

mohamed bourouissa

Mohamed Bourouissa, L’impasse, de la série Périphérique, 2007. Avec l’aimable autorisation de l’artiste, Kamel Mennour, Paris/London. ADAGP (Paris) 2019

Mohamed Bourouissa

Qui ?

Un génie de 41 ans qui tisse une toile singulière dans les arts plastiques, la photographie et la vidéo. Français d’origine algérienne, il connaît une jolie renommée sur la scène internationale. Cette année, il revient dans la capitale de la photographie qui lui avait décerné le prix Voies Off en 2007. Une rétrospective célèbre quinze ans de création.

Son sujet ?

Les invisibles de la société. Tous ceux qui sont poussés en bordure du chemin, mais qui tracent malgré tout leur route et y laissent une empreinte. Par corrélation, l’artiste s’intéresse au pouvoir de l’argent, à la manière dont il circule de manière officielle et officieuse. Sous les feux de ses projecteurs se trouvent les jeunes de banlieue, les chômeurs, les trafiquants de tous genres, les hommes d’argent et les prisonniers. Tous sont abordés de manière intime ou générale, s’affichent sous de grands formats photos ou s’observent dans des vidéos, le plus souvent à double lecture. La rétrospective met notamment en avant les premiers travaux de l’artiste dont la série Nous sommes Halles. A la manière du photographe Jamel Shabbaz, il a immortalisé la jeunesse multicolore vivant en périphérie. Elle pose fièrement face à son objectif dans des tenues sportswear ultra-codées.

L’autre bijou de l’exposition est une série de polaroids provenant de Brooklyn. Des portraits de voleurs posant avec leur larcin que le propriétaire d’un magasin avait affiché pour décourager tous ceux qui pourraient y aspirer. Mohamed Bourouissa les a récupérés, restaurés et transformés, en redonnant toute leur dignité à ces anonymes.

Pourquoi on aime ?

Mohamed Bourouissa ne parle que d’humanité. Il nous oblige à la percevoir là où elle semble se défiler, nous donne des pistes pour distinguer les hommes de leur conditionnement social et économique. Ce n’est pas un hasard si l’exposition se déroule au premier étage du grand Monoprix d’Arles. L’artiste mêle son art au quotidien de travailleurs modestes, qui prennent ainsi toute leur place dans son récit.

Au Monoprix, jusqu’au 22 septembre.

the anonymous project

Anonyme, 1953. Avec l’aimable autorisation de The Anonymous Project.

The Anonymous project

Qui ?

Lee Shulman est un réalisateur anglais. Il y a quelques années, il achète une boîte de diapositives anciennes qui se transforme en véritable trésor. Les photos d’amateurs – américains pour la plupart – révèlent des pans de vies d’anonymes, dont les ressemblances troublantes, sont le reflet de plusieurs époques, allant des années 50 aux années 80. Avec son amie, l’éditrice Emmanuelle Halkin, ils décident d’en tirer une exposition.

Le sujet ?

Des fragments de vies diverses qui, regroupés ensemble, dégagent une cohérence inquiétante mais aussi chargée d’humour. Tout le génie de l’exposition tient dans la scénographie. Elle prend place dans une maison dont chaque pièce est décorée dans un style rétro et animée par des photos en lien avec sa thématique. Clichés de gâteau d’anniversaire dans une cuisine en formica, photos d’invités dans un salon chargé de bibelots, mur de vieux téléviseurs dans l’espace détente…

Pourquoi on aime ?

On rit et l’on s’émeut devant ces visages d’inconnus qui révèlent la puissance d’une histoire commune. Le tout souligné par les couleurs intenses du Kodachrome, qui n’existe plus depuis 2009.

Maison des Peintres, jusqu’au 22 septembre.

www.rencontres-arles.com

En haut de page: Helen Levitt, New York, 1980. Collection privée. Film Documents LLC, avec l’aimable autorisation de Thomas Zander Gallery, Cologne.

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