La fashion story d’Annabel Winship

Avoir le sourire en regardant ses pieds. C’est la drôle de mission que la créatrice franco-britannique Annabel Winship s’est donnée en lançant sa marque de chaussures il y a onze ans. Avec des créations à la fois chics et déjantées, elle réveille le bitume et fait cavaler les femmes avec des modèles plein d’humour. Partisane d’une mode qui ne se prend pas au sérieux, Annabel Winship défend un univers singulier où les paillettes, les couleurs vives et les détails insolites sont les vedettes. Rien de gadget pour autant. La créatrice revendique avant tout le grand confort de ses modèles. Coupe rétro, regard pétillant et ongles rouge sang, Annabel Winship nous parle de l’histoire de sa marque, de son rapport à la mode et des grandes inspirations qui guident ses collections.

Texte et réalisation: Inès Matsika    Photos: Boulomsouk Svadphaiphane

Raconte-nous ton parcours de créatrice

J’ai fait mes classes à l’école Duperré où j’ai obtenu un diplôme des métiers d’art et textile. Je suis entrée ensuite chez Stella Cadente, une marque axée sur les imprimés et la couleur qui n’existe malheureusement plus aujourd’hui. J’ai été assistante puis chef de studio. Au bout de 8 ans passés au sein de cette maison, j’ai voulu voler de mes propres ailes.

 Qu’est ce qui t‘as poussé à te lancer dans la chaussure ?

Je ne voyais pas ce que je pouvais apporter au niveau du vêtement. Je suis une dingue de chaussures. A 18 ans, j’en avais déjà 200 paires ! Un jour en faisant les magasins, je n’ai rien trouvé à mon goût. Il y a 15 ans, il était vraiment dur de trouver des chaussures de couleur. Je me suis dit qu’il y avait un truc à faire. Le projet a mûri doucement. J’ai décidé de créer des modèles qui n’existaient pas : des chaussures simples, confortables et colorées. Je suis tout sauf une architecte de la chaussure.

Où sont fabriqués tes modèles ?

Les chaussures sont fabriquées au Portugal. J’ai mis du temps à trouver les bons partenaires. En me lançant, j’ai réalisé que le processus de fabrication de la chaussure était industriel et qu’il ne fallait pas se lancer dans des choses extravagantes pour obtenir de bons résultats. Mon premier plan de collection était petit, seulement composé de 3 modèles. J’avais en tête une seule exigence: le confort de la chaussure qui est la base de tout. Je déteste cette idée qu’il faut souffrir pour être belle !

Quelles sont les particularités de tes chaussures ?

Je suis depuis toujours toquée de couleurs. J’aime les coloris flashy et par-dessus tout les associations de couleurs qui donnent du caractère à la chaussure. Au niveau des formes, j‘aime plutôt les lignes rondes et douces.

Comment tes racines british s’expriment-elles dans tes créations ?

J’ai le côté à la fois traditionnel, kitsh et décalé des britanniques. J’apporte un petit grain de folie à des modèles aux lignes simples. J’aime l’idée que les clientes se sentent Wonder Woman dans leurs têtes grâce à des détails insolites.

Quel type de femmes imagines-tu chausser ?

Je n’aime pas l’idée de chausser une femme qui n’existe pas, la femme sublimée. Rien ne me touche plus que de croiser une femme dans la rue qui porte mes créations. Les femmes que je chausse et que je croise dans ma boutique ont des styles complètement différents : elles peuvent avoir des looks affirmés ou être tout à fait discrètes. J’adore ce mélange car mes créations semblent parler à toutes les femmes.

Quels sont les modèles phares ?

Les modèles emblématiques sont les boots à drapeaux anglais, les Ziggy Stardust et mes chaussures en liberty. Je pense être à peu près être la seule à travailler cet imprimé.

Comment la marque a-t-elle évolué depuis ses débuts?

J’ai complètement abandonné la ballerine car j’estime qu’il y en a partout, et qu’on ne m’attend pas là-dessus ! Par contre, j’ai étoffé la marque avec des baskets. De temps en temps, je diversifie l’offre avec des accessoires : sacs, collants et gants. Des pièces qui enrichissent les collections de manière ponctuelle mais je souhaite rester centrée sur la chaussure.

Comment vois-tu la marque dans 10 ans ?

C’est difficile à dire. Je vis ma marque au jour le jour. La progression a été lente et elle le restera. J’aimerais bien-sûr développer d’autres boutiques. J’aime l’idée de véhiculer un univers, raconter une histoire à travers des lieux de vente. Par contre le rachat de ma marque ne me tente pas car j’ai entendu trop d’histoires malheureuses de marques qui ont été vidées de leur identité. Pourquoi pas une nouvelle collaboration ? J’avais bien aimé l’expérience de capsule avec André. Mais j’attends le coup de cœur, il faut qu’il y ait une vraie rencontre avec l’autre créateur.

De quels autres créateurs de chaussures te sens-tu proche ?

Il y a Patricia Blanchet dont j’apprécie le travail. Ce sont des chaussures girly, confort et pas trop sophistiquées. Et puis détail très important pour moi, elle est indépendante. Il y aussi la créatrice Gordana Dimitrijevic qui réalise des modèles très féminins. Je me sens proche de son univers.

Un conseil à donner en terme de chaussures ?

Je n’aime pas les diktats dans la mode. La seule chose que j’aimerais dire aux femmes, c’est d’oser. Une amie me répète souvent « quand ça ne va avec rien, ça va avec tout ». C’est drôle et c’est vrai !

L’univers d’Annabel Winship 

 Mon livre fétiche: “Flower Fairies Treasury” est un recueil de comptines très connues en Angleterre que ma grand-mère anglaise m’avait offert. Ce livre m’a toujours fasciné, je peux passer des heures à le regarder. J’aime les illustrations très simples et douces.

 David Bowie Bowie : j’ai toujours adoré cet artiste. Son influence dans la mode est incroyable.

 Serge Gainsbourg : c’est mon idole. J’aime beaucoup le visage de Jane Birkin sur la pochette du disque « Histoire de Mélody Nelson ». Elle est jolie sans en faire des caisses !

Marylin Monroe : depuis que je suis petite, j’écoute ses disques en boucle. J’en connais les chansons par coeur. Ma fille de 8 ans en est aussi fan.

 Vernis : J’adore laquer mes main de rouge bien pétant. J’ai essayé plein de couleurs, mais je reviens toujours à ce ton.

Annabel Winship, 29 rue du dragon, 75006 Paris.

Pour découvrir en vidéo l’héritage mode d’Annabel Winship, c’est ici

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