Kente Gentlemen fait rayonner l’Afrique en dehors de ses frontières

Kente Gentlemen

Aristide Loua

Kente Gentlemen s’adresse à tous ceux qui ont une âme de nomade. La marque unisexe, développée depuis la Côte d’Ivoire, snobe le concept de frontières. Lancée en 2017 par Aristide Loua, elle est fortement empreinte du parcours international de son fondateur. S’il revendique haut et fort un héritage africain dans sa mode, il veut la voir conquérir le monde.

Le créateur autodidacte se fait l’ambassadeur de savoir-faire ancestraux qu’il croise avec des lignes contemporaines. Ancré dans son époque, le jeune homme de 31 ans s’appuie sur une imagerie très forte qui définit une nouvelle esthétique africaine. Capable de séduire quiconque de Paris à Tokyo en passant par New York.

 Par Inès Matsika

Dans quel pays avez-vous grandi ?

J’ai grandi dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, dans un petit village nommé Gadouan et quand j’ai eu 10 ans, ma famille s’est installée à Abidjan. Suite à une promotion, mon père, qui travaillait dans la fonction publique, fut muté à l’ambassade de New Delhi en tant qu’expert-comptable. J’avais 15 ans et j’ai alors vécu un véritable choc culturel. J’ai pénétré dans un autre monde qui m’a notamment initié à la spiritualité. J’ai beaucoup appris dans ce pays. Je l’ai quitté pour faire mes études aux Etats-Unis

Vous avez suivi des études de mathématiques et avez travaillé comme analyste financier. Comment passe-t-on des mathématiques à la mode ?

Pendant très longtemps, la mode n’était pas un sujet pour moi. J’étais un nerd ! (rires) Quand je me suis installé à New York pour faire l’équivalent d’une licence en mathématiques appliquées, j’ai plongé dans un grand bain culturel composé de Hip Hop, de jazz, de photographie et de littérature. Tous ces univers m’ont passionné et ouvert mon œil. J’ai rencontré les membres de Street Etiquette, une agence créative basée à Brooklyn, composée entre autres du photographe ghanéen Joshua Kissi. J’ai suivi leurs projets artistiques et mon goût pour la mode s’est vraiment affirmé.

Un jour, ma mère m’a envoyé depuis l’Inde des chemises en pagne. Ça a été le déclic. Je n’en trouvais pas de cette qualité à New York. Cela m’a donné envie de combler ce vide et de lancer une marque. J’ai toujours eu l’esprit d’aventure. Ça ne m’a pas fait peur de faire le grand saut ! J’ai plutôt vécu comme une bénédiction de ne pas être issu du milieu de la mode. Avec Kente Gentlemen, j’ai pu tracer ma route, sans me comparer aux autres.

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Vous faites partie de cette génération de « Repats ». Après avoir vécu aux Etats-Unis, vous êtes rentré vivre en Côte d’Ivoire. Pourquoi avoir choisi de lancer Kente Gentlemen dans votre pays d’origine ?

J’avais envie de valoriser les matières premières de mon pays. Il était nécessaire d’être sur place pour les sourcer et pour trouver des artisans qui épousent ma vision de la marque. D’un point de vue créatif, j’avais aussi besoin d’être en Côte d’Ivoire. Je m’inspire beaucoup de l’atmosphère des rues, des couleurs que j’observe et de l’énergie qui s’exprime partout. Il m’a semblé également important de participer à l’essor économique des différentes personnes qui interviennent dans cette aventure. Elles reçoivent des revenus bien supérieurs à la moyenne nationale.

Vos créations célèbrent, entre autres, le kenté, un pagne tissé traditionnel. Quelles sont ses particularités? Comment est-il travaillé ?

C’est un textile issu du Ghana, tissé depuis le 12ème siècle par le peuple Akan, porté à l’origine par les notables et les rois. Traditionnellement, ce sont les hommes qui tissent et les femmes qui préparent les bobines de fils. Les fils sont placés sur un métier à tisser de manière à respecter le dessin qui a été élaboré en amont. Cet art est transmis de génération en génération, et ce dès le plus jeune âge. Avec Kente Gentlemen, je m’inscris dans cet héritage que je confronte à des designs contemporains.

 

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Kente Gentlemen
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Quel regard portez-vous sur le wax ?

Il est d’abord politique. Malgré son implantation massive sur le continent (par les néerlandais, depuis l’Indonésie, débutée il y a des siècles Ndlr), ce tissu n’est pas africain. Les peuples se l’ont approprié au détriment des pagnes locaux. Avec mon projet, il m’importe de sauvegarder nos savoir-faire et de soutenir les artisans qui en sont les gardiens : ceux qui tissent et ceux qui taillent. J’accorde toutefois une place minime au wax dans mes collections pour répondre au goût de certains clients.

Kente Gentlemen se distingue par une identité visuelle très forte. Comment l’avez-vous définie et quels messages cherchez-vous à véhiculer ?

C’est une question fondamentale pour moi. Avant même de créer mes premiers modèles, j’ai façonné l’identité de la marque. J’ai voulu trouver un juste équilibre entre la beauté, la fantaisie, les couleurs et la poésie. J’avais envie de créer un univers à la fois d’avant-garde et très léché qui puisse toucher n’importe quelle personne sur le globe.

Tout s’est concrétisé avec la rencontre du photographe ivoirien Dadi. Je me suis reconnu dans son travail et il a piloté les premières campagnes de la marque. On vit dans un monde 100% visuel. Le message doit d’abord passer par l’image.

De quels autres créateurs du continent africain vous sentez-vous proche ?

En Côte d’Ivoire, je suis très inspiré par Loza Maléombho, Lafalaise Dion et Olooh. Ces marques sont dans un registre similaire au nôtre.

Kente Gentlemen

La mode africaine provoque un certain engouement. On lui accorde enfin du crédit. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

Je suis optimiste. Nous avons tellement de ressources magnifiques en Afrique. Notre artisanat est précieux et c’est ma mission de le faire savoir. Avec le temps, cette évidence va s’imposer au reste du monde.

Que faut-il selon vous, pour qu’elle émerge totalement et durablement ?

Nous, créateurs, devons continuer à produire de l’excellence. Des progrès sont attendus de la part des pouvoirs publics. Ils doivent davantage soutenir économiquement les jeunes talents et leur permettre d’éclore.

Dans une interview*, vous dites être avant tout un écrivain. Expliquez-nous votre amour des mots et son impact sur Kente Gentlemen.

J’adore écrire. Je travaille sur un roman depuis quatre ans. Cette passion donne un éclairage sur mon identité. Je suis un homme noir, africain, sensible à la beauté et à la poésie.

Et ma mode se nourrit de tout ce que je fais au quotidien, dont l’écriture.

* Interview accordée à Shabbaz Couture

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L’héritage mode d’Aristide Loua

Votre première émotion mode

Je l’ai ressentie face aux fameuses chemises en pagne envoyées par ma mère. À cette époque, j’étais déraciné, loin de ma terre et des miens. Elles m’ont relié à mon monde.

Une personne dont le style vous a influencé

Mon père a toujours fait très attention à sa manière de s’habiller. Il était méticuleux et prenait soin de tout bien coordonner. Enfant, je l’observais se créer des tenues impeccables. C’était émouvant.

Une odeur liée à un souvenir mode

Celle des alocos, des bananes plantains frits vendues par des femmes dans la rue, dans leurs belles tenues en pagne.

Les artistes qui ont forgé votre goût du beau

Il y en a beaucoup. Je vais commencer par la poésie des rappeurs Common et Guru. Parmi les artistes de jazz, je suis un inconditionnel de Miles Davis et de Nina Simone. En photographie, mon maître absolu est Gordon Parks, et en peinture, c’est Jean-Michel Basquiat.

Deux institutions culturelles coups de cœur

Le Moma à New York et la Fondation Charles Donwahi à Abidjan qui met en avant les talents africains à travers une très belle programmation.

www.kentegentlemen.com

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