Face to Face redonne du sens à la création

Certains assimilent la douceur à de la faiblesse. Erreur ! Chez Marianna Szeib-Simon, fondatrice de la plateforme Face to Face, elle sert à exprimer des convictions solides qui l’ont poussée à lancer il y a 2 ans une marketplace innovante de mode, de beauté et de lifestyle. Sur le site, cette créative, qui a fait ses armes dans l’industrie du luxe, présente une sélection fine de marques engagées. Les 200 créateurs triés sur le volet ont en commun de défendre une consommation responsable et durable. Obsédée par l’idée de « remettre de l’humain au cœur de la création », Marianna Szeib-Simon organise aussi des événements où les créateurs rencontrent les clients et prennent le temps de raconter les histoires qui se cachent derrière leurs produits. Dernier en date, un pop up qui se tient jusqu’à janvier 2020 à Paris au Grand Quartier. On s’y rencontre pour un face à face chaleureux où il est question de nouveaux modèles économiques, d’esprit collectif et de calme intérieur.

 Par Inès Matsika

Face to Face

Zalivako chez Face to Face

Zalivako chez Face to Face

Face to Face

Zalivako chez Face to Face

Avec Face to Face, vous proposez une curation de créateurs. Quels sont vos critères de sélection ?

Je recrute les créateurs en me basant sur trois critères. En premier lieu, il y a la démarche personnelle. Je m’intéresse aux projets derrière la marque et suis sensible aux personnes qui souhaitent entreprendre autrement. Qu’il s’agisse par exemple de sourcer de manière responsable les matières ou de soutenir via la marque un projet social.
Le deuxième critère est l’engagement esthétique. Je mets en avant des marques ayant un univers fort, pas des copies conformes de noms existant déjà. Il s’agit d’une sélection personnelle d’objets qui me parlent, qui me touchent.  Le troisième critère est le prix que je souhaite le plus transparent possible. On informe au mieux le consommateur final sur ce point en lui expliquant les matières utilisées et le savoir-faire employé. Ces trois critères restent inchangés depuis le lancement de la plateforme. A ceux-là s’ajoutent des penchants : celui de favoriser les créateurs qui travaillent en précommande – et donc qui ne créent que ce qu’ils sont sûrs de vendre – et ceux qui proposent des collections intemporelles, pour sortir de la logique obsolète des saisons.

Quelle place l’éthique ou l’éco-responsabilité prennent-t-elles au sein des marques que vous représentez ?

Nous ne sommes pas un label exigeant des créateurs de cocher toutes les cases du bio ou de l’éthique. L’engagement peut être variable d’un projet à un autre. Ce qui nous semble important est de juger la démarche globale. Nous soutenons évidemment le Made in France mais nous ne nous privons pas de mettre en lumière des créateurs qui fabriquent à l’étranger et qui ont une action positive dans les pays. À l’image de la marque Kilometre.Paris, lancée par Alexandra Senes qui propose des chemises tissées au Mexique par des communautés de femmes rémunérées à un salaire juste. En racontant les histoires derrière chaque marque, nous donnons des pistes au consommateur et le laissons seul juge de son acte d’achat.

Face to Face

Ipsilon chez Face to Face

Ipsilon chez Face to Face

Face to Face

Ipsilon chez Face to Face

Quelles sont les dernières marques aux projets conscients que vous présentez sur la plateforme ?

Il y a par exemple Good People, une marque de sacs tissés à la main par des femmes vivant à Madagascar. La créatrice, qui a travaillé pour des maisons de maroquinerie de luxe, les paie à un salaire plus élevé que la moyenne et valorise un savoir-faire propre au pays. Marie Gold est une marque de bijoux faits à la main dans des ateliers parisiens. Dans une logique de slow fashion, toutes les pièces sont conçues pour durer.

Une des missions de Face to Face Paris est d’organiser des rencontres entre les créateurs et leurs futurs clients. En quoi était-ce important pour vous de recréer du lien physique entre les deux ?

Ces rencontres sont la genèse de Face to Face. C’est ainsi que l’aventure a commencé. A l’époque, j’avais envie de casser l’image inaccessible du créateur, de lui ôter son halo de star pour le montrer tel qu’il est vraiment. D’où l’idée des rencontres entre lui et ses futurs clients, dans des endroits inspirants, afin qu’il raconte son histoire et dévoile sa manière de travailler.
Je me suis ensuite rendue compte que les clients voulaient garder un lien, par-delà les événements. J’ai donc créé un site éditorial et une marketplace. Chaque marque est racontée en images et en mots dans des interviews et nous présentons à la vente une sélection de leurs produits.

Le pop up en cours se déroule au Grand Quartier. Présentez-nous ce lieu et ce que propose cette édition.

J’aime beaucoup la philosophie du Grand Quartier. Cet hôtel de 80 chambres se présente comme un lieu de vie. Les espaces communs sont pensés pour accueillir des gens du quartier. C’est ouvert à la vie parisienne. Nous avons eu envie de nous y installer et de présenter un corner durant un mois et demi. D’habitude nos pop up sont plus éphémères. Plusieurs événements vont animer le lieu. Chaque semaine, il y aura une nouvelle sélection de créateurs dans des domaines aussi divers que la mode, la beauté et l’art de la table. Nous avons envie de redonner du sens à Noël avec des cadeaux conscients.

Prescription Lab chez Face to Face

Prescription Lab chez Face to Face

Prescription Lab chez Face to Face

Une grande partie des entrepreneurs que vous sélectionnez sont des femmes. Est-ce un choix ou un hasard ?

C’est un hasard et nous ne refuserons jamais une marque portée par un homme. Ceci étant dit, nous sommes fières de soutenir des entreprises féminines. Il y a souvent derrière ces marques des projets de reconversion et le besoin d’exprimer une créativité jusque-là endormie. Nous sommes heureuses d’accompagner ces femmes qui trouvent leur voie dans la création.

Vous êtes arrivée demi-finaliste au prix Business with attitude de Madame Figaro en 2018. En quoi ça a été un accélérateur pour votre entreprise ?

Ce prix récompense l’approche entrepreneuriale et l’impact environnemental d’un projet porté par des femmes. Et notre vision éclairée de la mode a été reconnue. Ce prix nous a apporté de la crédibilité auprès de nos futurs partenaires. On est devenu fiable à leurs yeux. Par exemple, lors de sa dernière édition, le salon Première Classe nous a confié un espace de 150 m² pour présenter nos marques. Ce qui était un projet est devenu une institution.

Quelles sont les entrepreneuses qui vous ont influencée lorsque vous vous êtes lancée dans ce projet ?

Au départ, j’étais plutôt inspirée par des modèles de femmes qui recherchaient un certain équilibre dans leur vie et un épanouissement qui ne passe pas forcément par la voie financière, à l’image de la naturopathe France Guillain. Je suis admirative de celles qui trouvent le calme dans leur vie, une voie intérieure. Sinon parmi les entrepreneuses dont je me sens proche, il y a Claire Nouy d’Atelier Nubio et Cécile Fricker qui a créé Band of Sisters, un réseau de femmes créatives et entrepreneuses.

Face to face

Face to Face chez Le Grand Quartier

Face to face

Face to Face chez Le Grand Quartier

Vous avez travaillé dans les équipes créatives de Dior et de L’Oréal. Que ne regrettez-vous pas de votre ancienne vie pro ?

Ces expériences furent incroyables et m’ont donné un esprit d’excellence. Mais dans ces milieux, on est trop tourné vers le succès personnel alors que ce n’est pas ça qui nous apporte une vraie satisfaction. Pour moi, l’esprit collectif est très important. Ça a peut-être à voir avec le fait que j’ai grandi en Pologne, dans un pays communiste. J’ai compris que ma satisfaction passait par celle des autres et qu’en s’entraidant, on avançait tous ensemble. Face to Face est complètement basé sur cette approche.

Dans une période où nous devons tous réfléchir à notre façon de consommer, j’aimerais savoir quel est votre rapport au matériel aujourd’hui ?

Je me suis rendue compte que la surconsommation venait avec une forme de frustration. Quand je travaillais beaucoup, j’étais frustrée du manque de temps que j’accordais à mes proches et que j’avais pour moi. Du coup, je compensais en consommant. Ralentir m’a permis de me concentrer sur l’essentiel et m’a donné beaucoup de calme. J’achète peu et que des pièces qui témoignent d’une rencontre, d’un moment, d’une expérience.

Pop up Face to Face au Grand Quartier, 15 rue de Nancy, 75010. Jusqu’au 4 janvier 2020.

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