BETTINA VERMILLON

La leçon de glamour de Bettina Vermillon

Vous avez aimé la semelle rouge ? Vous adorerez le talon en aluminium. Les souliers Bettina Vermillon se repèrent en un clin d’œil grâce à ce détail chic et  choc. A l’instar du malicieux Christian Louboutin, Lorraine Archambeaud – créatrice de la marque – dote ses modèles d’un signe distinctif fort. Question de style, mais surtout de confort. Une obsession qui a poussé la créatrice à imaginer un talon high tech, remarquablement stable. Designer de formation, Lorraine Archambeaud aborde le soulier comme un objet dont elle façonne chaque angle pour atteindre cet objectif. Elle le transforme en un accessoire fonctionnel dans lequel les femmes doivent pouvoir « marcher, courir et séduire ». A l’Etage Bettina, sa première adresse parisienne en forme d’appartement-galerie, la créatrice nous dévoile ses pétillants modèles, ancrés dans le réel.

Par Inès Matsika

Photos : Gilles Jacob

BETTINA VERMILLON
BETTINA VERMILLON

Lorraine Archambeaud

 Vous vous êtes formée à la fabrication de chaussures après une carrière déjà bien construite dans le prêt-à-porter. Qu’est ce qui a motivé ce changement ?

Après dix années passionnantes chez Courrèges, j’ai eu envie de me lancer dans une nouvelle aventure. Étant designer de meubles de formation, mon souhait était de travailler un objet qui se construit. Je trouvais le vêtement trop mou et le bijou trop petit. Le soulier m’est apparu comme un objet composé d’éléments structurants. C’est un accessoire mystérieux qui nécessite un vrai savoir-faire au niveau de la fabrication. Si on ne sait pas comment il est conçu, on ne peut pas prétendre apporter quelque chose d’innovant.

Mon impératif était donc de me former à ce métier. Alors que j’étais encore en poste, j’ai eu l’opportunité d’observer le travail de bottier chez la Maison Altan. Cette immersion m’a confortée dans mon choix et j’ai décidé de passer un BTS pour apprendre à fabriquer des souliers. Une année qui fut riche en enseignement et en rencontres.

Qu’est ce qui a été le plus dur et le plus jouissif dans cet apprentissage ?

Rien n’a été dur. Ce fut un apprentissage galvanisant. Le soulier fait intervenir différents corps de métiers et ce fut très intéressant de plonger dans ces milieux. Lors de la formation, j’ai d’ailleurs rencontré des tanneurs exceptionnels qui sont devenus mes partenaires.

Bettina vermillon
bettina vermillon
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BETTINA VERMILLON

D’où provient l’idée de proposer un talon en aluminium ?

Je n’avais pas envie d’être une marque de souliers supplémentaire. Il fallait que j’apporte quelque chose d’inédit par rapport à ce qui existait sur le marché. Très vite, la question du talon et de sa stabilité s’est imposée. Quand une femme porte des talons, elle redresse les épaules, relève le menton et se tourne davantage vers l’autre. Et ça, on ne peut le faire que lorsque le pied est correctement élevé. Il fallait que je trouve comment donner un aplomb léger à la chaussure.

J’ai avant tout cherché un savoir-faire, et je l’ai trouvé auprès d’un fabricant en mécanique de précision, qui fait de la sous-traitance pour de la Formule 1 ! On est à mille lieux de l’univers du soulier (rires). Il avait dans son show-room des pièces en aluminium anodisé que j’ai trouvées très belles. J’ai eu l’idée de les transformer en talon. C’est un penchant que j’ai : détourner le produit d’une industrie pour en faire un élément mode ! J’ai dessiné un talon à facettes que je lui ai soumis. Il l’a réalisé et dès le premier modèle, c’était parfait. Nous travaillons main dans la main depuis. Il suit mes audaces et me montre un champ des possibles que je n’aurais jamais pu imaginer si j’avais adopté une fabrication classique des chaussures.

Quels sont les atouts du talon en aluminium ?

Le talon en aluminium est vissé et non pas clouté, comme c’est le cas pour les talons en plastique. Ce qui rend sa fixation beaucoup plus solide. Il est moins sujet à la casse et correspond au mode de vie des femmes actives, qui sont perpétuellement en mouvement.

Votre formation aux Arts Décoratifs vous fait aborder le soulier comme un objet. En quoi cela impacte-t-il vos modèles ?

En tant que designer, ma réflexion porte sur l’utilisation des pièces. Pour moi, l’esthétique doit être au service du pratique. Je me devais de proposer des souliers que l’on porte, et non pas que l’on supporte. On glisse notre pied dedans, et ensuite on court, on saute, on danse, on conduit…Tout cela doit se faire sans effort, ni souffrance. Dans mon travail, il n’y a pas de place pour la page blanche, je ne me considère pas comme une artiste ! J’aime être dans un cadre, jongler avec les contraintes de fabrication, suivre un cahier des charges spécifique pour conférer le maximum de confort aux modèles.

BETTINA VERMILLON
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Qu’avez-vous changé, amélioré, ajouté depuis les débuts de la marque en 2015 ?

Au tout début, je trouvais que l’audace se logeait dans les hauts talons. Donc je hissais davantage les femmes sur leurs jambes. Aujourd’hui, j’apprécie plutôt de travailler un talon à la fois bas, chic et design. Je m’amuse beaucoup plus avec les différentes hauteurs.

Lors d’un pop-up au Bon Marché, vous proposiez aux clientes de choisir le design d’un talon et vous le montiez sur la chaussure devant elles. Comment cette animation a-t-elle été accueillie et est-elle amenée à se reproduire ?

Elle a débouché sur une ligne, la Collection Particulière, car les clientes ont adoré cette proposition de personnalisation. Nous avons poussé le concept en permettant de dépareiller les talons et de choisir deux couleurs différentes. Les femmes s’approprient complètement leur paire avec ce système.

Vous semblez être en quête d’innovation. D’ou vient ce besoin ?

Cette volonté d’innover vient de ma formation de designer. Je suis une passionnée de fabrication. Je crois fermement que lorsque l’on sait comment sont fabriquées les choses, on peut créer avec davantage d’efficacité et d’audace. Chaque nouvel objet doit apporter une valeur ajoutée et tenir sa promesse. L’innovation pour l’innovation n’a aucun intérêt. Elle doit apporter du sens.

 

bettina vermillon

Avec L’étage Bettina, vous proposez une expérience d’achat différente. Qu’aviez-vous envie de bousculer dans ce domaine ?

J’ai eu envie que ce soit un lieu de vie et de vente. Un espace pour présenter d’autres marques émergentes, organiser des dîners privés, des talks entre femmes… Ici, on plonge dans la vie intime de la marque et dans ses coulisses. Il y a du passage, du mouvement, parfois du désordre, c’est très vivant ! L’Etage, qui est très spacieux, me permet aussi de mettre en scène mes créations. Quand je faisais des pop-ups, j’avais pris l’habitude d’installer au sol des centaines de chaussures. Pour un effet visuel, mais aussi pour observer l’attitude des clientes face aux créations. J’ai reproduit cette scénographie.

Vous travaillez en synergie avec d’autres marques et ouvrez votre univers à d’autre domaines. Y-a-t-il des directions que vous refusez de prendre ?

Je ne m’en refuse aucune à partir du moment où il y a de la cohérence. C’est passionnant de développer une marque aujourd’hui, en définissant ses valeurs et ses intentions. Je peux choisir de produire moins, de grandir plutôt que de grossir. La direction qui est la mienne est celle de m’élever, et de mettre avant tout du sens dans mon travail.

L’Étage Bettina, 5 rue du Chevalier de Saint-Georges, 75008 Paris. www.bettinavermillon.com 

bettina vermillon
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L’héritage mode de Lorraine Archambeaud

 

Première émotion devant une paire de souliers

Ça peut paraître un peu lambda mais je fais partie de la génération Christian Louboutin. J’avais 22 ans quand il a lancé sa marque. A l’époque, ce maître incontesté a apporté une vraie fraîcheur dans le milieu de la chaussure.

Un personnage dont la cambrure du pied vous fait rêver 

Ce n’est pas un personnage mais plusieurs ! Je suis une inconditionnelle du Crazy Horse. Je ne me lasse pas d’observer la posture du corps des danseuses. La cambrure de leurs dos et de leurs chevilles : tout est fascinant ! Avec le recul, je crois que le Crazy Horse a été le point de départ de Bettina Vermillon. D’ailleurs, je me suis inspirée des noms de scène des danseuses pour celui de la marque.

Une époque à laquelle vous auriez aimé vivre pour le style des chaussures 

Now ! J’apprécie tout ce que notre époque apporte en terme d’innovation. En tant que designer, j’ai quand même une nostalgie pour les années 30 et l’esthétique sans fioritures de cette période.

Les artistes qui ont forgé votre goût du beau

Il y en a trop ! J’ai un penchant pour les designers de meubles, notamment femmes, comme India Madhavi, Patricia Urquiola, Charlotte Perriand. Je suis fascinée par celles qui ont réussi à pousser la porte et à imposer leur vision de ce métier à une époque où il était destiné aux hommes.

Une chaussure qui vous ressemble

En tant que chausseur, l’escarpin est un modèle incontournable. Je me retrouve parfaitement dans l’escarpin Bettina qui a un joli décolleté pour dévoiler légèrement la naissance des orteils.

 

Mettre le feu au bitume avec les talons Bettina Vermillon 

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