Dans l’univers arty et tomboy de Miko Miko

©DimitriCoste

C’est automatique. Quand on prononce Miko Miko, on a envie de sourire. A l’image de sa créatrice, la marque est une promesse de bonne humeur et d’envolées artistiques. Dyane de Serigny a une joie contagieuse qu’elle exprime à travers un vestiaire aux lignes masculines, bousculé par des détails pop et des associations de matières inattendues. Son univers est mis en scène par Pierpaolo Ferrari, co-fondateur du sulfureux magazine Toilet Paper. Dans des campagnes audacieuses, les deux complices brouillent les pistes entre la mode et l’art. Les créations graphiques de Dyane rencontrent l’imagination sans limite du photographe à l’esthétique arty. La forte identité visuelle de la marque souligne une proposition vestimentaire pointue, défendue avec enthousiasme par la créatrice.

Texte: Inès Matsika

Vous étiez designer graphique pour divers projets musicaux. Comment la mode a-t-elle déboulé dans votre vie ?

Un peu par hasard. Un soir, je dînais avec mon amie Nadège Winter qui est consultante en mode et mon fiancé, Philippe Zdar, musicien producteur et moitié du duo Cassius. Nadège a proposé de lancer une marque. j’ai été tentée par l’aventure et nous avons créé, un peu sur un coup de tête, AmishBoyish. Une ligne streetwear composée de sweatshirts, de teddys et de bombers que nous avons développée jusqu’en 2017. Diverses contraintes nous ont conduites à la stopper. Mais j’ai voulu rester dans le secteur en développant un projet personnel. C’était l’occasion de préciser mon point de vue sur la mode.

Quelle est la proposition vestimentaire de la marque ?

Miko Miko propose des vêtements de garçon manqué avec des détails extrêmement féminins. Les pièces à manche sont au coeur des collections et les lignes sont assez structurées. A chaque saison, nous créons un vestiaire d’une trentaine de modèles.

Chantant, exotique, régressif : le nom de la marque est tout cela à la fois. Quelle signification lui donnez-vous ?

Celle que vous venez de résumer ! Quand j’étais en recherche d’un nom pour la marque, j’ai pris en compte un ensemble d’envies. Un peu comme quand on déguste un plat et que l’on désire qu’il y ait de l’acidité, de la rondeur et du croquant en même temps. Du côté de la sonorité, il fallait que ce soit joyeux, « playful » ! Graphiquement, je cherchais des lettres qui marchent ensemble, comme le M et le K, à inscrire en gros caractères. Je souhaitais aussi que le logo évoque un objet design comme une chaise laquée qui flashe à certains endroits.

 

 

Votre marque est 100% parisienne, de la conception à la fabrication. Pourquoi ce choix ?

Produire à Paris est une jolie signature. Mais, pour être honnête, la principale raison est pratique. Travailler avec un atelier parisien me permet de m’y rendre autant de fois que nécessaire pour rectifier mes toiles. Quand on fabrique à l’étranger, on a seulement droit à deux modifications de prototypes, c’est assez rigide. Par ailleurs même si la fabrication est moins onéreuse à l’étranger, une certaine quantité doit être produite et je n’ai pas envie de gérer du stock. C’est une réalité comptable avec laquelle un jeune créateur doit composer. En fabriquant à Paris, je gagne donc en temps et en coût car je peux quasiment travailler à la commande et ne produire que ce que je vends. L’expérience AmishBoyish m’a permise de rencontrer des artisans précieux, qui m’accompagnent tout au long du processus créatif.

Paris est-elle encore la capitale de la mode à vos yeux ?

La ville reste une vitrine magnifique pour les marques. D’ailleurs beaucoup de maisons étrangères y défilent. Mais ce qui est contradictoire, c’est qu’à Paris les gens consomment peu de mode. Les françaises sont élégantes mais assez « low profile ». J’ai l’impression qu’on ressent bien plus la mode dans les rues de Séoul que de Paris.

Quel est le point de départ des collections ?

Je choisis une thématique que je décline en plusieurs petites histoires. Je réalise deux moodboards : un avec des références mode et l’autre avec des inspirations graphiques – principalement de l’art contemporain – qui se traduiront plus tard sur le vêtement au niveau de la coupe, des imprimés ou du volume. Avec mon assistante, nous dessinons plusieurs silhouettes et gardons celles qui fonctionnent le mieux. Nous sélectionnons les tissus – qui proviennent d’Italie, d’Angleterre et du Japon – et attribuons chaque matière à un modèle. La collection se construit ainsi, petit à petit.

Vos pièces sont colorées, graphiques, elles ont une forte identité. Est-ce une volonté de rompre avec une représentation trop conformiste du féminin ?

J’avais surtout envie de rompre avec la morosité, le côté « mode fin du monde » m’angoisse totalement ! (rires). Avec mon dressing, j’ai voulu apporter une touche de “Swinging London” très joyeuse. Des vêtements pop plein de gaieté qui me donnent envie de les porter. C’est plus comme ça que j’ai orienté ma création. Je ne cherchais pas particulièrement à rompre avec une image existante.

Dans vos créations, on sent un goût prononcé pour le tailoring.

C’est vrai, j’ai un grand respect pour ce type de confection. Mais ce qui m’amuse par-dessus tout, c’est de mélanger la rigueur du tailoring à un élément plus fantasque ou graphique. Mixer deux univers qui n’ont rien à voir : c’est ma signature. Par exemple, dans la prochaine collection il y aura une pièce en tweed et en jean plexi. Un vrai clash !

D’où vous vient ce goût pour la culture british ?

J’ai été élevée à Londres et je reste une fan de l’uniforme anglais. J’ai toujours adoré son côté austère que l’on peut s’amuser à bousculer. J’avais une amie qui raccourcissait la jupe de son uniforme, collait des patchs et des épingles partout sur son blazer. J’ai gardé cette audace-là: rendre les tenues du quotidien plus drôles avec des détails déjantés.

Racontez-nous votre collaboration avec Pierpaolo Ferrari qui signe les campagnes de la marque.

Avec Maurizio Cattelan, il est le fondateur du magazine italien Toilet Paper, un ovni dans la presse à l’esthétique provocante. Mon fiancé, Philippe Zdar, a eu recours à eux pour réaliser la pochette et le clip du disque « Ibifornia » de Cassius. Ils ont fait un travail assez fou que j’ai adoré ! Nous sommes devenus amis et quand j’ai lancé ma marque, j’ai demandé à Pierpaolo de signer les campagnes. Son univers décalé et saturé de couleurs colle parfaitement à celui de Miko Miko. J’ai de la chance de pouvoir asseoir l’identité de la marque avec des visuels aussi forts.

 Le lancement d’une marque est un investissement permanent. De quoi prenez-vous encore le temps ?

Je prends le temps de profiter de mes enfants. J’ai une fille de 4 ans et un garçon de 8 ans. C’est une des choses les plus importantes de la vie. Même si ce que je dis peut sembler d’une platitude absolue, c’est vraiment ce que je ressens (rires). Je ne pourrais pas me lancer à corps perdu dans une activité et tout sacrifier. Evoluer dans une famille équilibrée et heureuse, c’est aussi ça la clé de la réussite. Ça porte énormément.

L’héritage mode de Dyane de Serigny

Votre première émotion mode 

Un maillot de bain californien de ma grand-mère datant des années 50. Il représente tout ce que j’adore: une ligne classique dopée par un graphisme délirant. C’est ce fameux clash que j’aime provoquer dans mes collections. J’ai conservé le maillot de bain, telle une relique, à la maison.

Un personnage dont le style vous a influencée

Ça peut paraître bateau mais je pense spontanément au clan Birkin et à Caroline de Maigret. Ces françaises à l’allure androgyne mais qui savent bousculer leur silhouette avec un ou deux éléments forts. Je suis aussi influencée par les personnages aux looks incroyables que l’on voit à la sortie des défilés durant les Fashion Week. Un grand moment d’excentricité qui fait du bien aux yeux !

Une odeur liée à un souvenir mode

Le parfum de ma mère – Coco Chanel- dont elle se vaporisait juste avant de sortir. Quand j’étais petite, je la regardais se préparer, complètement fascinée. Elle portait des robes de cocktail insensées, courtes en soie jaune à pois noirs de la marque italienne Odicini.

Les artistes qui ont forgé votre goût du beau

Pierre Soulages, le peintre Douanier Rousseau, le graphiste américain Saul Bass, le saxophoniste Pharoah Sanders et le peintre Ron Agam. Aujourd’hui, j’ai la chance d’être entourée d’une communauté d’amis très créatifs, qui m’inspire beaucoup, et avec lesquels je fais des projets autour de la marque. Notamment une vidéo qui accompagne chaque nouvelle collection. La dernière est signée Alice Kunisue, une artiste qui travaille beaucoup le collage, et est mise en musique par Sebastian, du label Ed Banger. Ces vidéos burlesques sont faites pour déconnecter, faire rêver et faire rire. Réaliser des choses créatives et joyeuses avec des gens que j’aime est un vrai privilège. 

 Les archives d’une maison de mode à découvrir 

Celles d’Yves Saint Laurent pour son amour du tailoring et des lignes graphiques.

Deux institutions culturelles coups de cœur

J’ai une tendresse particulière pour le Centre Georges Pompidou, à Paris. Cet endroit a accompagnée toute ma vie. Il y a aussi la BNF (Bibliothèque nationale de France). Je l’ai beaucoup fréquentée quand je travaillais sur un projet personnel. Elle est un lieu important pour faire des recherches et trouver des références originales, autres que celles partagées sur les réseaux sociaux.

3 pièces qui vous définissent

Un long manteau assez androgyne, une chemise et une robe preppy.

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