illustration Marc-Antoine Coulon

10 questions à Marc-Antoine Coulon

Il semblerait que nous soyons « en guerre ». L’illustrateur de mode Marc-Antoine Coulon brandit ses meilleures armes pour y faire face : ses pinceaux. Avec le magazine Vogue auquel il collabore régulièrement, il propose des croquis à télécharger et à colorier pour divertir les lecteurs, durant le confinement instauré pour lutter contre le coronavirus. Passionné depuis son plus jeune âge par le dessin, Marc-Antoine Coulon a développé un style à part, mêlant traits de crayon et aquarelle, que l’on retrouve dans les pages des magazines Madame Figaro, Vanity Fair, Elle ou sur les affiches de comédies musicales comme le Fashion Freak Show du couturier Jean-Paul Gaultier. Homme sensible, à la vaste culture, il se pose en défenseur de l’illustration dans laquelle on peut « ressentir la vibration de la main humaine ». Une émotion qui prend toute sa dimension aujourd’hui.

Par Inès Matsika

Marc-Antoine Coulon

Marc-Antoine Coulon © Philippe Neufeldt

ILLUSTRATION marc-Antoine Coulon

© Marc-Antoine Coulon

Avant tout, dites-nous comment vous allez et vivez cette période de confinement ?

Je vais bien ! Techniquement, la situation ne change pas énormément de choses car je travaille chez moi. J’ai l’habitude de ces grandes plages de solitude. Seulement, il y a une différence entre le fait de vivre en ermite quand on le décide et quand c’est imposé.

Quelles réflexions fait naître chez vous cette crise sanitaire sans précédent ?

Je me réfugie beaucoup dans l’après. Je pense que les cartes seront rebattues. On sera nombreux à revoir la manière dont on conçoit nos vies au sortir de cette crise. Mes réflexions sont assez fluctuantes. Je passe de l’euphorie en espérant de meilleurs lendemains à un certain désespoir. Quand on est privé de ce qui fait notre essence – nous sommes des individus sociables – cela conduit à redonner toute sa valeur à la relation humaine. J’espère un rebond de bienveillance pour les faiblesses et les travers des autres. En tout cas, je m’y efforcerai très sérieusement.

Aussi, je suis persuadé que de l’ennui naît la créativité. Peut-être que de meilleures œuvres vont apparaître. Dans le secteur de la mode, j’espère du sang frais, de l’air neuf, de la couleur ! Chaque période de disette a engendré une débauche de luxe et de créations opulentes. J’attends avec impatience ce renouveau vers des vestiaires un peu moins bridés.

illustration Marc Antoine Coulon

Illustration Vogue à colorier.© Marc-Antoine Coulon

illustration Marc Antoine Coulon

Illustration Vogue à colorier.© Marc-Antoine Coulon

Vous collaborez régulièrement au magazine Vogue avec lequel vous lancez une initiative pour divertir les lecteurs durant le confinement. Expliquez-nous.

Il s’agit d’un magazine à colorier que l’on avait réalisé il y a quelques années et qui avait très bien marché. Tous les numéros s’étaient vendus. Emmanuelle Alt, la rédactrice en chef de Vogue, a eu l’idée de proposer aux lecteurs de télécharger certains dessins afin de pouvoir facilement les colorier de chez soi. Il s’agit d’une sélection des plus belles séries mode du magazine. Je n’aurais jamais pensé que ça puisse représenter un quelconque réconfort car j’aborde mon travail avec une certaine modestie. Mais je suis heureux de cette généreuse initiative.

D’autres sont-elles prévues ?

Pour ne rien vous cacher, c’est un peu la panique partout ! Les magazines avec lesquels je travaille se battent pour trouver des solutions afin de sortir leurs numéros. Une chose est sûre : cette période laisse de la place à l’illustration dans les supports car il est impossible d’organiser des séances de photographie en ce moment

Quel pouvoir souhaitez-vous donner à l’illustration en cet instant spécial ?

Indépendamment du contexte, j’aimerais que les gens retrouvent un attrait pour l’illustration. L’écrivain André Maurois disait : « L’art est un effort pour créer, à côté du monde réel, un monde plus humain ». Dans cette veine, j’estime que l’illustration ouvre en grand le champ des possibles.

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illustration Marc-Antoine Coulon

© Marc-Antoine Coulon

illustration Marc-Antoine Coulon

© Marc-Antoine Coulon

Vous avez été très tôt captivé par le dessin. Comment est née votre vocation?

Je suis né dans une famille où l’art est une évidence. Même s’ils n’en ont pas fait leur métier, mes parents se sont toujours exprimés de cette manière. Sculpture pour mon père, dessin pour ma mère. Mon arrière-grand-mère était portraitiste. Dès l’âge de 4 ans, je me suis passionné pour le dessin en découvrant l’œuvre de l’illustrateur de mode René Gruau dans le magazine Madame Figaro. Je n’ai pourtant pas été poussé dans cette voie par ma famille qui voulait que je fasse des études sérieuses. Malgré tout, j’ai travaillé en tant que dessinateur dans l’industrie du disque durant une longue période. Puis j’ai quitté un secteur qui était alors moribond pour me consacrer à mes premiers amours : la mode.

Votre parcours a été accéléré par des rencontres déterminantes…

Je dois beaucoup à Inès de la Fressange. C’est elle qui m’a découvert et fait entrer au magazine Vogue. Naomi Campbell a provoqué un bond monumental de ma visibilité. Je l’ai rencontrée il y a longtemps lors d’une soirée assez surréaliste. Une amie m’avait embarqué pour un dînez chez Azzedine Alaïa qui s’est ensuite poursuivi par une fête chez un mystérieux hôte. J’ai atterri dans un hôtel particulier en présence de Naomi Campbell et Cindy Crawford. Malgré les nombreux indices (et la présence de Grammy Awards), il m’a fallu du temps pour comprendre que j’étais chez Lenny Kravitz ! Je suis un peu tête en l’air (rires). Ces personnes que j’ai croquées ont fait monter en flèche ma renommée.

 

Qu’appréciez-vous le plus dans le fait de dresser des portraits ? Que cherchez-vous à capturer?

Je cherche à rendre justice. Une photo rend un témoignage objectif mais parfois cruel, en tous cas sans concession. Avec l’illustration, c’est l’exact opposé. Je peux transmettre l’aura de la personne : son élégance, sa manière de bouger, son visage habité de vie et d’intelligence et même le timbre de sa voix ! Ça peut sembler fou, mais c’est ma quête. Ce qui m’intéresse, c’est ce que la persistance rétinienne permet de garder en mémoire et que je cherche à retranscrire une fois la personne partie… alors que son parfum flotte encore dans l’air. Mon rêve absolu est d’essayer d’en dire le maximum avec une grande économie de traits. C’est un équilibre très dur à trouver. Françoise Sagan disait qu’elle écrivait au kilomètre et qu’ensuite elle retirait tous les adverbes. J’essaie de faire cela : de retirer les adverbes. Je guide le lecteur pour qu’il comble les blancs avec son imagination.

C’est un travail en duo avec le lecteur si je vais dans votre sens…

Complètement ! Comme le tango, il faut être deux. C’est un travail qui pourrait sembler très solitaire et qui ne l’est pas du tout. D’une certaine manière, je suis un partenaire de danse.

Percevez-vous un changement dans votre manière de dessiner depuis le début du confinement ?

Oui, il y a une grande différence dans les couleurs et dans l’utilisation des flous. Je vois dans mes dessins la solitude, le désarroi et une certaine poésie. Mes dessins sont toujours très imprégnés de ce que je vis. Je reconnais ceux que j’ai peints en pleurant ou en riant.

illustration Marc-Antoine Coulon

© Marc-Antoine Coulon

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