Willy Rizzo, un certain regard sur la mode

Willy Rizzo et Donna Mitchell, Milan 1962

Scènes de guerre, machines industrielles, actrices en vogue. Willy Rizzo pouvait tout photographier avec la même aisance. Mais il excellait dans un domaine : celui de la mode. Pendant 50 ans, il figea dans ses clichés la créativité des couturiers et observa au premier plan l’évolution des styles. L’exposition « Willy Rizzo, la mode pure de 1947 à nos jours » au Studio Willy Rizzo à Paris, dévoile une cinquantaine de photos célèbres et méconnues. On y découvre la patte graphique d’un homme qui eut une carrière hors norme, partagée entre la photographie et le design, sa deuxième passion.

Le témoin d’une époque

On le qualifia à tort de photographe des stars. Mais en réalité, Willy Rizzo n’entrait dans aucune case. Son parcours éclectique témoigne de son urgence à capturer une information, qu’elle soit esthétique, mondaine ou géopolitique. Peu importe le domaine, son obsession était de faire parler les images. Cet appétit de la photo le conduit vers différents chemins. A ses débuts, après la seconde guerre mondiale, il se lance dans le photoreportage et couvre les célébrités pour Point de Vue et Ciné Mondial. Pendant quelques temps, les sujets d’actualité le happent, notamment pour le magazine Life. Sa carrière prend son envol en 1949 quand il participe à l’aventure Paris Match. Il compte parmi les premiers photographes recrutés par Jean Prouvost. Pour la couverture du premier numéro, il tire le portrait de Winston Churchill. Cette fructueuse collaboration va l’amener à devenir le témoin des grands pans de l’histoire du 20ème siècle. Pour Paris Match, il couvrira la guerre d’Indochine. Des années auparavant, il avait déjà approché la noirceur humaine en immortalisant le procès de Nuremberg. Willy Rizzo s’accorde un second souffle, plus léger, en travaillant pour la presse féminine. Pendant des années, sa signature va briller sur des papiers glacés. En 1959, il devient le Directeur Artistique de Marie-Claire puis collabore à des titres d’envergure comme Vogue.

Monica Knowland, New York, 1954

Stroboscope Dior

Yves Saint Laurent & Pierre Cardin, Paris, 1966

Mannequin, Milan, 1967

Elsa Martinelli, Vogue Italie. Milan, 1967

Un style

« Willy Rizzo avait un style complètement à lui. Il possédait une manière chaude, un peu explosive de photographier. Je le mets au niveau d’Avedon et d’Irving Penn. (…). En ce qui concerne ses photos de mode, j’admire ses éclairages, le cadrage, mais aussi le mécanisme de préparation au niveau du développement. Tout ce talent si particulier fait que ses photos sont inimitables et possèdent un charme, une douceur uniques (…) ». Edmonde Charles Roux, l’ancienne rédactrice en chef de Vogue de 1954 à 1966, évoque le génie créatif de Willy Rizzo avec qui elle travailla. De tous les sujets, l’artiste considéra toujours la mode comme le plus difficile à photographier. Et pourtant, il démontra son talent à révéler les expressions des modèles, les détails des tissus et la beauté des regards. Avec en fil conducteur des clichés, un certain goût pour la mise en scène.

 

Vogue Italie, Palais Farnèse, Rome 1981

L’affinité avec les célébrités

C’est un rire facile et une attitude décontractée qui firent entrer Willy Rizzo dans l’intimité des stars. Il ne se contentait pas de les photographier mais devenait souvent leur ami. Cette proximité avec les personnalités en vue, il l’utilisa dans son art, profitant de moments lâchés, impromptus, pour les saisir sur le vif. Son objectif captura entre autres Marylin Monroe, Jack Nicholson, Maria Callas, Salvador Dali, Jane Fonda, Brigitte Bardot…On lui doit également des clichés rares de Gabrielle Chanel dont il fut l’ami intime jusqu’à sa mort. De cette connivence, il en tira un livre, « Coco Chanel par Willy Rizzo » paru aux Editions Minerve. L’ouvrage dévoile la créatrice au travail, à l’atelier rue Cambon, et la femme au quotidien dans ses appartements privés. Une double approche intéressante qui éclaire la personnalité complexe de la couturière.

Jacques Fath chez Lui, Maisons Laffitte, 1954

Virna Lisi, Milan, 1961

Un goût pour l’art de vivre

Willy Rizzo était un photographe avec une âme de dandy. Toute sa vie, cet esthète raffiné qui fit du beau une religion, vécut avec cette dualité. A la fin des années 60, le napolitain d’origine retourne vivre en Italie, avec sa nouvelle épouse, l’actrice Elsa Martinelli. En décorant leur appartement, il se prend au jeu du design et se lance dans la fabrication de meubles. Dans ses créations, le marbre, l’acier et le laiton sont les vedettes. L’aventure dans le mobilier durera une dizaine d’années, ponctuée par des ouvertures de boutiques, avant qu’il ne rentre à Paris et se remette à la photographie. L’exposition « Willy Rizzo, la mode pure de 1947 à nos jours » se déroule dans le Studio de création parisien, qu’il fonda en 2009, quatre ans avant sa disparition. Dans la très chic galerie, ses meubles conversent avec ses photographies exposées au mur. L’œil quitte une table basse au design seventies pour s’attarder sur un cliché où Christian Dior prend la pose. Toutes les facettes de Willy Rizzo concentrées dans un espace qui lui ressemble.

  Jusqu’au 18 septembre 2018.

Elsa Martinelli

Mannequins, Paris, 1965

Prendre une photo sur le vif est une chose, mais la photo de mode, c’est une page blanche. Il faut de la magie pour transformer un mannequin élégant, mais matériel, en créature de rêve. Il y a plusieurs façons de photographier la mode. Avec rien, il faut faire quelque chose d’important, il faut créer une histoire, une dynamique, un regard. C’est un tout autre métier.

Willy Rizzo

Paris, 1950

Crispy Story

L’auteur de bande dessinée Hergé fut inspiré par un reportage que Willy Rizzo effectua sur Maria Callas dans Paris Match. Dans « Les bijoux de la Castafiore », il crée un personnage inspiré de Willy Rizzo et de son collègue Walter Carone, un reporter nommé Walter Rizzoto qui travaille à Paris Flash.

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