Indress suspend le temps avec ses créations

Ne lui parlez pas de tendances ! Wies Schulte les ignore. Au tourbillon de la mode, la styliste néerlandaise préfère un vestiaire intemporel qu’elle propose à travers sa marque Indress, fondée en 2001. Des pièces aux lignes simples, aux coupes impeccables, boostées par des couleurs vives et des matières nobles. Cette formule gagnante, Wies Schulte l’éprouve à chaque collection, l’enrichissant de nouvelles teintes qu’elle compose dans son atelier. A l’instar de Jean-Charles de Castelbajac et de Kenzo Takada auprès de qui elle a officié, Wies Schulte a su créer un univers fort. Garde-robe singulière, boutique au design léché et vidéos inspirantes mettant en scène les collections. À travers ces différents canaux, Indress déploie l’idée d’une féminité lumineuse et pleine d’assurance.

 Texte: Inès Matsika

Racontez-nous votre formation et vos débuts dans la mode ?

Je suis originaire de la Hollande où j’ai grandi. Petite, j’aimais beaucoup coudre sur la machine familiale. A 17 ans, j’ai quitté mon pays afin d’intégrer les Beaux-Arts d’Anvers, section mode, pour me former sérieusement. Quatre ans après, mon diplôme en poche, je me suis installée à Paris.

Vous avez travaillé auprès de Jean-Charles de Castelbajac et de Kenzo Takada. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Jean-Charles de Castelbajac était présent à mon défilé de fin d’études à Anvers. L’ayant beaucoup apprécié, il m’a embauchée dans la foulée et je l’ai suivi à Paris. Mon premier vrai travail dans la mode fut donc à ses côtés. Pendant trois ans, je me suis occupée de tous les aspects d’une collection. C’était un début de carrière fantastique. On travaillait comme une tribu, dans une ambiance quasi familiale. Chez Jean-Charles, j’aimais le fait qu’il dessine sans arrêt…jusque sur les murs de ma maison lors d’une fête mémorable (rires). Je partage avec lui l’amour des couleurs primaires, et le goût de mixer les tons vifs aux teintes sombres. Après d’autres expériences professionnelles, j’ai intégré la maison Kenzo, où je me suis occupée de la ligne Jungle. C’était très intéressant de travailler aux côtés de Kenzo Takada, un homme timide et discret, dont il fallait décoder les envies. J’admirais beaucoup son goût des couleurs, des fleurs et des motifs peints à la main.

Comment est né Indress ?

Quand je suis tombée enceinte, j’ai décidé de quitter Kenzo pour monter ma propre structure. Faire carrière dans une maison ne faisait pas partie de mes plans. J’ai toujours voulu être indépendante. Indress est né de cette volonté de voler de mes propres ailes. J’ai du travailler de nombreuses années en free-lance, parallèlement au développement de ma marque, avant de pouvoir m’y consacrer entièrement.

Les débuts de la marque ont été marqués par un succès : un cabas en coton réversible. Racontez-nous.

Il s’agissait d’un sac de mamie que j’avais acheté pour faire des courses. J’adorais les proportions de ce cabas. Je m’en suis inspirée et j’ai créé un modèle en coton, en format réversible, sans surpiqure et doté d’une anse en plastique. Le cabas fut décliné en 50 variantes de couleurs. Et ça a cartonné ! On en a vendu une quantité hallucinante.

Aujourd’hui vous travaillez à deux, avec Maud Courault. Comment vous répartissez-vous le travail ?

Maud a intégré la marque après avoir fait un stage chez nous il y a dix ans. Nous travaillons main dans la main pour définir les silhouettes. Nous avons la même exigence concernant le tombé impeccable du vêtement et l’envie qu’il convienne à toutes les morphologies. L’ensemble de l’équipe est mis à contribution lors des essayages. Nous voulons vraiment parler à toutes les femmes.

Les matières et les couleurs sont des éléments très forts chez Indress. Comment les choisissez-vous ?

Toute collection démarre par le choix de couleurs. C’est mon obsession ! J’ai installé au premier étage de la boutique un atelier de teinture dans lequel je fais des essais. Je plonge le tissu dans différentes couleurs afin de trouver la nuance parfaite. C’est une vraie création! Une fois le coloris trouvé, je l’envoie chez « Denis et Fils » à Lyon, une usine qui teint et tisse la crêpe de soie et le satin de soie. Deux matières phares d’Indress dont j’apprécie le touché, le tombé et la souplesse quand elles vieillissent.

Où sont fabriquées les collections ?

En France, en Pologne et en Croatie. Je choisis les usines pour leur expertise sur une matière ou sur une pièce en particulier. J’adore me déplacer et échanger avec ces professionnels qui ont une vraie culture de la couture

Dans Indress, il y a « dress ». La robe est-elle la pièce centrale de votre dressing ?

Oui, et je trouve qu’il est difficile pour une femme de trouver le bon modèle. Elles sont soit trop courtes, soit trop longues, avec de vilains motifs ou des matières pas terribles. Chez Indress, on crée des robes à la fois chic et simples, qui se portent aussi bien avec des baskets qu’avec des talons aiguilles. Tout se joue dans les volumes, les matières et la couleur. J’aime beaucoup travailler le côté réversible des vêtements. Il y a une robe que je fais chaque saison que l’on peut porter de face comme de dos.

La broche fleur est une constante dans les collections. Que représente-t-elle ?

Elle provient de ma mère qui portait beaucoup de corsages en fleurs dans les années 70. J’adorais ça. J’aime l’idée de pouvoir les teindre dans un éventail de couleurs infini. C’est un accessoire qui rehausse les tenues simples et qui apporte une touche féminine quand on a envie de s’habiller comme un tomboy.

Vous avez attendu de nombreuses années avant d’avoir une boutique. Pourquoi ouvrir un lieu aujourd’hui ?

J’ai du attendre le bon moment. Ma marque aura 20 ans dans 2 ans ! Elle a eu une progression sûre mais lente. J’ai mis des fonds personnels dans Indress car je ne voulais pas faire appel à un investisseur. Je me suis battue pour pouvoir exister de manière indépendante. Maintenant que l’assise est solide, que les collections se vendent bien, on peut se permettre d’avoir une vitrine. Un proche a trouvé ce lieu, dans le Haut Marais à Paris, dont je suis tombée amoureuse. Je me suis beaucoup investie dans la décoration de la boutique. Sous les planchers se cachait un magnifique sol en pierres multicolores qui est devenu, avec la cabine d’essayage en forme de cube, la signature de la boutique. Le mobilier, au design des années 60 et 70, donne aussi une identité forte à l’espace.

 Chaque collection est accompagnée d’une vidéo réalisée par votre mari, Frédéric Guelaff. Pourquoi cette collaboration et quelle est l’importance de l’image pour la marque ?

Je n’ai jamais voulu faire défiler ma marque, ça ne m’intéresse pas. Par contre, j’apprécie qu’elle soit vue par différents biais. J’ai donc imaginé avec mon mari, qui est réalisateur, la mise en image des collections. C’est intéressant de voir mes habits en mouvement, de voir le regard que porte Frédéric sur mes vêtements et les histoires qu’il invente autour d’eux. Ces petits films se montent toujours avec la même équipe dans une ambiance joyeuse. J’aime aussi l’idée d’amener les clients ailleurs et de ne plus juste focaliser sur le produit. Avec ces vidéos, on les embarque dans notre univers.

Quels sont vos souhaits pour Indress ?

Après un an d’ouverture, la boutique commence à bien tourner. On prend nos marques dans ce lieu, on l’apprécie vraiment. Tous les jours, il y a des gens qui le découvrent et s’en étonnent. Je savoure encore cet effet. J’ai donc envie de poursuivre sur cette lancée et de faire de cette adresse un incontournable de la mode parisienne.

DANS L’UNIVERS DE WIES SCHULTE

Votre première émotion mode 

Quand j’étais petite, ma mère confectionnait des robes. Je récupérais les chutes des tissus pour en faire des poupées. C’est ma première incursion dans la mode.

Un personnage dont le style vous a inspiré

Ce serait un mélange détonnant de Romy Schneider et de Donna Summer ! Schneider pour son élégance un peu garçonne et cette mélancolie qui ne la quittait jamais. Summer pour le glitter, les coupes larges et exubérantes. J’aime cette rencontre, assez improbable, du pétillant et du masculin.

Les artistes qui ont forgé votre goût du beau

J’adore Matisse pour l’usage qu’il faisait de la couleur. La série photographique d’Irving Penn sur les personnes en tenues de travail m’a beaucoup influencée. C’est de là que je tire mon amour pour les vestes structurées. J’ai récemment vu une exposition sur l’artiste peintre japonais Jakuchu. Ces immenses toiles dans des tons vifs – vert, bleu, rouge- m’ont beaucoup impressionnée et vont guider ma prochaine collection.

Une odeur liée à un souvenir mode

Celle du fer à repasser ! C’est une odeur qui me réconfortait. Ma mère adorait repasser les vêtements.

Les archives d’une maison que vous aimeriez découvrir

J’aimerais voir celles de Madame Grès pour sa maîtrise du plissé et des couleurs. Ainsi que celles de la créatrice Jil Sander.

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